Comment ça marche ?

Bienvenue sur Le cycle d’Eriu !

Histoire d’Aergad et Kataryn, La Prophétie de Tàin, Eriu la Grande et Les Ruines d’Eriu composent pour l’instant ce cycle. Comme les personnages des différents tomes se croisent régulièrement, je vous propose de découvrir cette série non d’une manière chronologique, mais plutôt en vous donnant la possibilité de suivre le personnage de votre choix, lorsque c’est possible.

Pour cela il vous suffit de vous laisser guider par les liens au bas des articles, signalés par le mot « ici ». Ils vous feront circuler d’un chapitre à l’autre ou vous mèneront à des précisions sur les lieux et personnages rencontrés.

N’hésitez pas à publier des commentaires pour donner votre avis sur les textes ou pour en influencer l’ordre de publication !

Début d‘Histoire d’Aergad et Kataryn

Début de la Prophétie de Tàin

Début

Ça y est, j’ai commencé mon nouveau roman ! On sort du cycle d’Eriu, et vous allez découvrir un nouveau monde nordique où la magie découle de la musique. Les secrets sont jalousement gardés par de puissantes femmes qui règnent sur ces froides îles, et l’amour n’y est pas toujours libre. Mais c’est un monde splendide qui j’espère vous enchantera autant que moi. C’est toute une nouvelle galerie de personnages qui m’accompagnent désormais. Ils ont pour nom Ida, Sindri et Emilya, et marchent sur des chemins qui pourraient bien se croiser un jour…

Vous pouvez participer à un sondage pour m’aider à choisir le titre de ce nouveau roman sur ma page Facebook

la fin… pour de vrai !

Je vous parlais ici de mes difficultés à terminer les aventures de Clotaire. Après une visite nocturne de ma muse la semaine dernière qui m’a aidée à choisir sur quel projet j’allais me pencher après le cycle d’Eriu, j’ai pu prendre mon courage à deux mains et écrire mon dernier chapitre.

Avec ce chapitre c’en est un de ma vie d’écrivain qui se tourne. Même si on ne peut jamais être certain que ce genre d’affirmations est définitive, j’ai actuellement le sentiment que le cycle d’Eriu est ainsi bouclé. Tout au plus me reste-t-il un peu de matière pour écrire quelques nouvelles bonus, mais j’ai le sentiment que j’ai raconté tout ce qu’il y avait à savoir de la vie de mes héros…

Place à de nouvelles aventures et de nouveaux personnages ! De nouveaux mondes imaginaires à conquérir s’ouvrent devant moi, de nouvelles méthodes à explorer s’offrent à moi, et j’ai hâte de sortir un peu de mes sentiers battus, même si j’aurai toujours beaucoup d’amour pour l’univers d’Eriu, qui m’accompagne depuis presque quinze ans déjà…

Cela ne m’empêchera pas de continuer à publier extraits et fiches sur le blog, et de travailler à la publication de mes projets. Cet univers est mien, je le porte en moi et n’en aurai tout compte fait jamais fini avec lui !

Fées et déesses

J’ai découvert les éditions Au bord des continents au salon du Livre de Paris. Je ne savais plus où donner de la tête tellement la décoration de leur stand, avec tous ces beaux livres illustrés, me plaisait. Il est donc grand temps que je présente celui que je leur ai acheté…

 

Le livre :
Fées et déesses, de Aurélie Brunel et Erlé Ferronière. Editions Au bord des continents

L’intrigue :
Ici pas vraiment d’intrigue, nous sommes en présence d’un beau livre-recueil sur les fées.

Le personnage :
J’ai une affection particulière pour Morgane, surtout depuis que j’ai lu la saga des Dames du lac, de Marion Zimmer-Bradley. Mais toutes les fées présentées le sont de manière poétique, s’exprimant par leurs voix singulières.

Le lieu :
Les forêts en général, et Brocéliande en particulier. De nombreuses fées sont liées à la légende arthurienne, et les autres, petites ou grandes, sont des créatures sylvestres, d’où l’importance des forêts dans cet ouvrage.

L’ambiance :
Féérique est le mot qui s’impose ! Les femmes dessinées sont d’une beauté irréelle, et l’ambiance est clairement celle des contes de fée, en plus mature, ce qui n’enlève rien à la magie du livre…

Ce que j’ai aimé :
L’objet-livre en lui-même, magnifiquement illustré et à la couverture douce au toucher.

Ce que j’ai moins aimé :
Rien ne me vient à l’esprit !

Pour qui ?
Pour ceux qui veulent se plonger dans la magie des fées.
Pour ceux qui aiment les belles illustrations.

Source de l’image : Babelio.com

Eogan de Kerilan

Eogan de Kerilan est le frère de Fiona, Elue de la Prophétie de Tàin. Agé de dix-huit ans au début de l’histoire, il est le fils des châtelains de Kerilan, ville portuaire du Royaume de Savaël. Son père est mort lorsqu’il était très jeune, ce qui a fait perdre la raison à sa mère. C’est donc sa sœur aînée Lisbeth qui dirige Kerilan et son château. Eogan est très proche d’elle ainsi que de sa sœur Fiona, de trois ans sa cadette. Ils se ressemblent d’ailleurs physiquement, possédant les mêmes yeux verts en amande et la même chevelure blond cendrée, qu’il porte nouée sur la nuque à la manière des guerriers.

Eogan est d’un caractère loyal et courageux, et possède également la légèreté qui caractérise Fiona. Il se montre parfois très obstiné, mais il n’est pas impossible de lui faire entendre raison car il est capable de reconnaître quand il est dans l’erreur. Fidèle en amour et en amitié, on peut toujours compter sur lui.

Il revient de son exil de chevalier quand on fait sa connaissance. Il remarque le manège de Lyn essayant de prendre contact avec Fiona pour lui parler de la Prophétie. Après avoir écouté Meretiel, Gardien de l’une des Fondamentales destinée à Fiona, il décide d’accompagner les Elus dans leur quête. Son expérience des voyages et son instinct de protection leur seront d’une grande aide, et il va découvrir que lui aussi possède une étincelle magique en lui, étincelle qui ne demande qu’à être nourrie. C’est surtout Lyn qui va l’aider à développer ses dons, en échange de leçons dans l’art de combattre, leçons qu’il dispensera également à Shaïmon. Même s’il n’est pas lui-même un Elu, il est digne d’en être un et est un élément indispensable de leur groupe. Sans lui les autres n’auraient pas pu aller bien loin…

Lecture : autoportrait de l’auteur en coureur de fond

Bonjour à tous !

Inspirée par le printemps, le retour du beau temps et du soleil aux petites heures du matin, j’ai eu envie de découvrir Murakami par ce livre, étant moi-même une coureuse.

Ce livre est, comme son titre le laisse penser, un essai autobiographique, et non un roman. Il relate la préparation de Murakami à son marathon annuel, et livre les pensées de l’auteur sur la course à pied et sur l’écriture. Je l’ai lu presque d’une traite. C’est rare qu’un livre combine deux de mes passions ! Dommage que Murakami ne s’adonne ni à la couture ni au yoga, ainsi ce livre aurait été parfait pour moi.

Blague à part, cet essai offre une plongée unique dans la tête d’un écrivain-coureur et livre le portrait d’un homme discipliné, d’un artisan des mots qui n’a pas peur de l’inconfort ni d’un dur labeur, d’un homme auquel j’ai pu m’identifier. La question est de savoir s’il dispose d’une telle personnalité, ce qui fait qu’il n’a pas trop de mal à s’astreindre à une pratique régulière de la course et de l’écriture, ou si c’est la course, une fois devenue une habitude, qui a transformé sa vie. Murakami lui-même penche pour cette dernière option, pour ma part je n’en suis pas si sûre. Mais je reconnais que quand on réussit à partir aux aurores pour un jogging matinal, cela nous donne de la force et le sentiment que rien n’est insurmontable…

Ce que j’ai grandement apprécié, c’est le fait qu’à peine refermé, ce livre me donne envie de courir plus et de consacrer plus de temps à l’écriture. Même si Murakami vit de sa plume, à ses débuts il tenait un club de jazz dans lequel il passait sa nuit, puis il écrivait une à deux heures au petit matin avant d’aller se coucher, et courait ses 10km quand il se réveillait. S’il y est arrivé, je me dis que moi aussi je suis capable de débloquer plus de temps pour écrire. Bon, il ne semble pas avoir d’enfants, en tout cas il n’en parle pas, et les enfants, à côté des joies qu’ils apportent, sont pour ainsi dire chronophages et requièrent beaucoup d’attention, mais il est possible de trouver des moments dans la journée ou dans la semaine où se consacrer à l’écriture. La preuve, je reviens d’un petit jogging de 4km, et j’écris ces lignes 😉

C’est un livre que je recommande à tous ceux qui écrivent, aux fans de Murakami qui ne connaîtraient pas encore cet essai, à tous les coureurs et à ceux que le sujet intéresse mais qui hésitent encore à se lancer. Le printemps est là, alors enfilez des vêtements et des chaussures confortables, et courez ! 🙂

la fin

Voilà, j’arrive au sommet de ma petite montagne personnelle, à savoir la fin du roman dont je vous parlais ici. Il me reste un chapitre à écrire, et je n’arrive pas à m’y mettre. J’ai toujours un petit blues quand une histoire se termine, d’autant que cette fois, je ne pense pas qu’il y aura une suite, donc pas de joyeuses retrouvailles en perspective avec mes chers personnages…

Arrivée au sommet, je prends encore un peu de temps pour admirer le travail que j’ai accompli jusqu’ici. Une fois qu’il sera terminé, il faudra bien redescendre, choisir une autre montagne, puis commencer une nouvelle ascension. Ça donne un peu le vertige, cet inconnu, un vertige familier malgré le fait que jusqu’ici, ma muse ne m’a jamais fait défaut et m’a toujours lancé des miettes d’histoires à mâchouiller… J’ai bien quelques projets sous le coude, mais il me faudra les apprivoiser, d’autant qu’ils se situent dans des univers totalement différents d’Eriu.

Quand j’y réfléchis, c’est un peu le même pincement au cœur que lorsque je referme un gros livre ou termine une saga qui m’a accompagnée longtemps, une sensation de vide. Heureusement, quand un univers ou des personnages me manquent, je peux réouvrir le livre et me plonger dans la lecture. J’adore relire certaines œuvres, j’y puise une grande consolation dans les périodes stressantes. Alors, même si Clotaire, Nelle et les autres ne m’accompagnent plus en tant qu’auteure, je me réjouis de les retrouver en tant que lectrice d’ici quelques mois, quand mon travail aura suffisamment décanté pour que je m’attelle à la première correction. Puis je taperai le manuscrit et le relirai encore une fois. Tout compte fait, c’est loin d’être la fin !

Amis écrivains, ressentez-vous ce vertige, vous aussi ? Et vous, chers lecteurs, comment vous sentez-vous en refermant un livre qui a été un bon compagnon ?

Image : pixabay

Il va y avoir du changement !

source : pixabay.com

Bonjour à tous !

Du changement se profile sur lecyclederiu.de !

Comme mes projets se diversifient, ce blog va gagner une nouvelle dimension. Il ne sera plus entièrement consacré au cycle d’Eriu mais rassemblera toutes les informations concernant mon travail, qu’il soit de fantasy ou pas.

Et ce n’est pas tout : je me suis inscrite sur Wattpad (bon, d’accord, presque inscrite, il faut encore que j’étoffe mon profil…). Je pense publier mes extraits de textes là-bas aussi à l’avenir. Pas d’inquiétude pour ceux qui lisent sur le blog, pour eux rien ne change puisque je continuerai à publier des infos et des extraits ici aussi, donc pas besoin de vous inscrire aussi sur Wattpad 🙂

Ces derniers temps, j’ai travaillé sur une histoire pour enfants et sur le roman écrit à l’occasion du NaNo, rien à voir avec la fantasy, donc, ce qui explique ce long silence sur le blog. C’est justement pour y remédier que je change un peu la ligne éditoriale du blog. Après tout, il est normal qu’il évolue, je crois avoir parcouru un long chemin en trois ans que « le cycle d’Eriu » existe…

Alors à très bientôt, et bonne semaine à tous !

Ce que j’ai appris du NaNo

Chers amis,

Après une longue absence due à des problèmes techniques, il est temps de faire le bilan du mois de novembre dernier, consacré au NaNo, le National Novel Writing Month, pour ceux qui auraient oublié 😉 Ce mois d’écriture intense m’a appris bien des choses sur ma façon de travailler.

Tout d’abord, je me suis rendue compte que ce n’était pas si rebutant d’écrire directement un fichier informatique (j’utilise des cahiers normalement, et je tape mes textes ensuite), c’est même plutôt ludique de voir le nombre de mots augmenter jour après jour et d’avoir des statistiques sur l’avancement de son travail, même si tout cela n’en reste pas moins des chiffres, autrement dire plus abstraits que des pages de cahier qui se remplissent, à mon sens…

Ensuite, et c’est l’aspect du NaNo qui m’a le plus favorablement étonnée, ça a été de voir à quel point ma créativité s’est débloquée. Depuis la naissance de ma fille, mon entrée dans la vie professionnelle et les difficultés à disposer de longues plages horaires libres de toutes corvées, qui en découlent, je me sentais créativement asséchée, à court d’idées, bouclant péniblement des projets engendrés longtemps auparavant. Bien que laborieux les premiers jours (je me demandais avec quoi j’allais pouvoir remplir ces pages), le travail de narration a très vite décollé et les personnages se sont mis à évoluer librement dans ma tête. Je me suis lancée dans le NaNo tête baissée, sans aucune préparation à part quelques ébauches de personnages datant d’il y a cinq ans, improvisant au fil des jours. J’ai été bluffée de voir ce qu’il en est ressorti, même si le résultat est loin d’être parfait. Il faut dire qu’un mois durant, je n’ai pensé pratiquement qu’au NaNo, j’avais toujours mon ordinateur sur moi, à l’affût de quarts d’heures volés pour taper les morceaux de chapitres qui me venaient, et que je consacrais presque toutes mes soirées et tous les trous dans mon emploi du temps à l’écriture.

Enfin, et cet enseignement est lié au précédent, j’ai été surprise de voir le nombre d’heures quotidiennes (deux voire trois en moyenne) que j’ai réussi à dégager pour le NaNo. Mais cela a eu un coût : comme j’écrivais en parallèle de ma vie normale, c’est à dire en travaillant et en m’occupant de ma fille (en somme, comme la plupart des gens !), tout le reste est resté en plan : autres projets personnels, amis, sport, corvées nécessaires au bon fonctionnement du foyer… Toutes choses que j’ai dû rattraper au mois de décembre, mois amputé de sa dernière semaine et déjà chargé en temps normal étant donné qu’il faut boucler l’année…

Bref, ce fut une expérience enrichissante et intense, qui m’a offert de nombreuses satisfactions dont celle, et pas la moindre, d’avoir écrit un roman en trente jours. Mais je suis contente que ce soit terminé, je serais incapable de tenir un tel rythme de production à l’année, à moins bien sûr que mes rêves les plus fous ne se réalisent et que je vive de ma plume. Comme ce n’est pas encore le cas, je me contenterai de prendre rendez-vous pour l’année prochaine, peut-être un peu mieux préparée, à moins que cette fois encore, je ne me laisse surprendre…

NaNo 2017 : 15

Sophie fit automatiquement un détour pour éviter le panneau sur son chemin, avant de s’arrêter net et de faire demi-tour pour le lire. Une flèche indiquait la direction à suivre pour trouver le magasin en question, et après une seconde d’hésitation, elle s’engagea dans la ruelle pavée. Sophie passait devant presque tous les jours lorsqu’elle rentrait du travail, pourtant elle n’avait jamais eu la curiosité de l’emprunter. Mais après son séjour à Wurtzbourg, elle repensa à ce qu’Eva lui avait dit et décida de faire revivre une vieille passion.

La clochette teinta joyeusement au-dessus de la porte de bois vitrée. La vendeuse, une jeune femme aux cheveux noirs relevés en chignon, était occupée à couper du tissu sur une table pour une cliente qui faisait aller et venir sa poussette afin de calmer l’enfant agité qui s’y trouvait. Avant de faire un pas de plus, Sophie regarda autour d’elle pour s’imprégner de l’ambiance des lieux. Car aussi étrange que cela puisse paraître, elle n’était encore jamais entrée dans un magasin d’étoffes. Durant les quelques années où elle s’était adonnée à la couture, elle avait travaillé avec des chutes de tissu et des vieux vêtements.

Son regard se porta d’abord en face d’elle, au fond de la boutique. Un comptoir de bois poli faisait l’angle de la pièce, sur lequel s’alignaient des chutes de tissu joliment enroulées et enrubannées, ainsi qu’une caisse remplie de tas d’articles de mercerie en promotion. Derrière le comptoir, un présentoir accroché au mur proposait les outils et petites choses indispensables à toute couturière tels que ciseaux, mètre-ruban, boutons pressions adaptés à toutes sortes de tissus, épingles, aiguilles à broder et de machine à coudre… En face du comptoir, il y avait une étagère de style art nouveau rempli de livres et de patrons, et un fauteuil à franges invitait à les feuilleter confortablement. Les tables de coupe, brillamment éclairées par des lustres à chandelles (électriques, cela va sans dire), occupaient le milieu de la place. Les tissus quant à eux s’alignaient dans des étagères de bois peintes en blanc qui ne montaient pas beaucoup plus haut que la taille d’une personne de taille normale, de sorte qu’il était aisé de toucher et manipuler les étoffes se trouvant sur l’étagère supérieure. Les tissus étaient joliment rangés par couleur, offrant d’agréables camaïeux à l’œil. Sophie devina qu’ils devaient également être organisés par type, mais il aurait fallu qu’elle les touche pour s’en rendre compte. Au-dessus des étagères s’alignaient des vêtements réalisés avec les étoffes du magasin, pendus sur un fil de laine avec des pinces à linge en bois, cherchant à inspirer les clients indécis.

Comme la ruelle était sombre et laissait entrer peu de lumière naturelle dans la boutique, les murs avaient été peints d’un blanc éclatant, faisant ressortir d’autant mieux la marchandise. Le sol recouvert de parquet avait été laissé au naturel, le bois étant d’une belle teinte blonde. Sophie tomba instantanément amoureuse de ce lieu.

Elle s’avança et commença à faire le tour du magasin, prenant plaisir à toucher les étoffes et à admirer leurs motifs, la tête fourmillant soudain d’idées à leur contact. Elle devrait se raisonner et planifier ce qu’elle comptait faire pour savoir exactement ce dont elle aurait besoin, ou elle risquait d’acheter tout le magasin. Elle s’approcha donc des livres et en sortit quelques uns qui l’inspiraient pour les feuilleter tranquillement, assise dans le fauteuil d’un vieux rose. Elle reposa ceux qui proposaient des modèles trop difficiles pour elle, à son avis, et opta pour un livre permettant d’habiller les enfants de 0 à 3 ans destiné aux débutantes. Sophie se considérait comme telle, n’ayant plus pratiqué la couture depuis des années. Après une dernière hésitation, elle décida de prendre un livre pour elle aussi, ayant craqué sur quelques modèles à la coupe vintage. Elle s’y essaierait une fois qu’elle aurait retrouvé la main.

Lorsqu’elle se leva, elle remarqua que la vendeuse se tenait légèrement en retrait.

Je peux vous aider, madame ?

Oui, s’il vous plaît.

Sophie ouvrit le livre pour enfants à la page qui montrait un sarouel pour bébés.

J’aimerais faire ce pantalon…

Très bien. Vous permettez ?

La vendeuse lui prit ses livres des bras et les déposa sur la table de coupe la plus proche.

Est-ce que vous avez une idée de ce que vous voulez comme tissu ?

Pas vraiment, avoua Sophie. Il y a des années que je n’ai plus touché à une machine à coudre, et je voudrais m’y remettre.

D’accord.

La vendeuse jeta un œil aux instructions du livre d’un œil expert et demanda :

Ce sera pour l’été ou pour l’hiver ?

Euh… pour l’hiver.

Dans ce cas il vous faudra du sweat… Suivez-moi.

Elle la conduisit près du comptoir.

Uni ou à motifs ?

Sophie réfléchit un instant, essayant de se rappeler comment Eva habillait Elias. Elle avait beaucoup vu le petit avec des pyjamas colorés aux motifs de nature, comme des animaux, des plumes ou des feuilles.

A motifs, décida-t-elle. Dans les tons de vert, si vous avez…

Heureusement il n’y en avait que deux qui répondaient à ces critères, sans quoi Sophie aurait eu du mal à choisir, tellement elle aimait quasiment tout ce que le magasin proposait.

Je vais prendre celui-là, dit-elle en désignant l’étoffe vert bouteille parsemées de renards aux grands yeux et de feuilles mortes.

Bien. Maintenant il faut trouver un bord-côte assorti pour coudre aux pieds et au ventre…

La vendeuse conduisit sa cliente vers une autre étagère.

Vous pourriez prendre le vert foncé pour qu’il se fonde avec le reste du pantalon, à moins que vous ne préféreriez contraster avec du orange ou du brun…

Ce disant, elle tenait les couleurs en question sur le tissu sélectionné par Sophie pour qu’elle puisse juger de l’effet.

Je vais prendre l’orange.

Très bien.

La vendeuse rangea les tissus écartés et emporta les autres vers la table de coupe. Jetant un œil au livre, elle coupa la longueur nécessaire avec grand soin, plia le tissu et reporta sa longueur et son prix sur une note prévue à cet effet.

Je vous conseille de les laver et de les passer au sèche-linge avant de coudre, si vous en avez un, pour être sûre que la taille du vêtement ne changera plus une fois lavé. Quelqu’unes de mes clientes ont déjà eu des mauvaises surprises…

J’y penserai, merci.

Il vous faudra autre chose ?

Sophie réfléchit. Elle avait envie d’acheter de quoi se faire une robe, et peut-être aussi deux ou trois pyjamas pour Elias, mais elle se raisonna. D’abord s’y remettre en douceur, voir si la couture lui plaisait autant que dans son souvenir (de cela, elle en était presque sûre), et puis revenir s’acheter de quoi réaliser un prochain projet. Après tout, le magasin ne risquait pas de disparaître, à en juger par la date inscrite en chiffres dorés sur la porte : Les ouvrages de Mademoiselle Louise, 1867.

Juste une bobine de fil vert, du papier pour les patrons, et puis ce sera tout, merci.

Tandis que la vendeuse emportait ses achats vers le comptoir, Sophie lui demanda :

Savez-vous où je pourrais acheter une machine à coudre ?

Si c’est un modèle simple que vous cherchez, nous en avons ici.

Elle passa derrière le comptoir et lui désigna une pile de boîtes que Sophie n’avait pas remarquée. Il s’agissait de machines à coudre Singer, la marque sur laquelle la jeune femme avait appris à coudre. Elle se fendit d’un sourire.

C’est parfait. J’en prends une.

Elles sont à 95€.

La vendeuse tapota sur la caisse antique, probablement d’origine, et annonça un montant à trois chiffres. Sophie sortit sa carte bancaire sans sourciller.

Pour vous remercier, vous pouvez choisir une pièce de tissu dans la boîte, offrit aimablement la vendeuse.

Sophie prit un tissu à fleurs qui lui plaisait, pensant s’en servir un jour pour décorer un tissu uni. Puis la vendeuse lui tendit la machine ainsi qu’un petit sac en papier en disant :

Nous organisons régulièrement des ateliers ici, je vous ai mis un prospectus dans votre sac, au cas où cela vous intéresse…

Merci.

Je vous en prie. Bonne soirée!

A vous aussi !

La vendeuse la raccompagna, lui ouvrit la porte, puis la referma derrière Sophie en tournant le petit panneau accroché au milieu de la vitre vers « fermé ». Déjà l’heure de la fermeture ! Sophie n’avait pas vu le temps passer !

Elle marcha à pas légers vers son appartement, situé à trois rues de là, monta allègrement les trois étages et déposa ses paquets dans sa chambre reconvertie en « pièce de Sophie ». Puis elle se débarrassa de ses ballerines et de sa veste avant de se diriger vers la cuisine pour manger un bout. Elle fut heureuse d’avoir pris le temps de laver une salade et coupé des légumes à l’avance, ainsi elle n’eut qu’à jeter quelques poignées d’ingrédients dans un grand bol qu’elle arrosa d’huile et de jus de citron pour avoir une salade composée prête en deux minutes. Son repas achevé, elle se rua dans sa chambre et, telle une gamine le matin de Noël, déballa fébrilement ses nouvelles acquisitions. Elle posa sa machine sur la table de verre ronde qui occupait un coin de la pièce, la brancha et, sans même jeter un regard au mode d’emploi, elle se fit une cannette puis enfila le fil supérieur, ébahie de voir la vitesse à laquelle ces choses lui revenaient. La couture devait être comme le vélo, pensa-t-elle, ça ne s’oubliait pas !

Sophie brûlait tellement de commencer qu’elle décida d’ignorer le conseil de la vendeuse (juste cette fois) et de se mettre directement à l’ouvrage. Par précaution, elle ferait le modèle une taille au-dessus, ce qui lui laisserait une marge de rétrécissement…

Elle ouvrit le livre pour enfants à la page du sarouel qu’elle avait repéré, sortit la planche de patron appropriée et entreprit de reporter et de découper le bon patron. Cela fut rapide, il n’y avait que trois pièces en tout. Puis elle mit le tissu plié en double, endroit sur endroit, sur la table, épingla son patron et découpa ainsi deux jambes. Elle fit de même avec le bord-côte et prit bien garde au sens des mailles pour couper dans la longueur élastique, comme son livre le conseillait. Elle jeta ensuite un rapide coup d’œil aux instructions et son visage s’éclaira lorsqu’elle se rendit compte qu’elle n’avait pas oublié comment monter un pantalon.

Elle découpa un carré de tissu dans la chute et fit quelques essais de points et de tension de fil, pour ne pas faire de bêtises. Appuyant avec régularité sur la pédale de la machine, Sophie était heureuse de constater à quel point tout ces gestes qui avaient été automatiques dans sa jeunesse lui revenaient vite. Quand elle fut satisfaite de ses points, elle entreprit de fermer les deux jambes de pantalon, puis elle en rentra l’une dans l’autre et piqua l’entrejambe. Elle s’attaqua ensuite aux bords-côte, les fermant tous les trois avant de les replier sur eux-même pour former un rouleau. Ceux des pieds étaient minuscules, ils tenaient à peine sur l’index et le majeur de Sophie, et les coudre ne serait sans doute pas chose aisée. Sophie retourna le pantalon sur l’endroit et s’attaqua à cette tâche délicate. Elle dut faire de nombreuses pauses pour pouvoir tendre uniformément le tissu élastique, mais du temps, elle en avait. Elle ne le voyait de toute façon plus passer. Le cliquetis des aiguilles et le vrombissement du petit moteur de la machine l’avaient fait tomber dans une sorte de transe bienfaisante, comme lorsqu’elle méditait en compagnie de Victorine. Sophie avait lu quelque part que ce phénomène était décrit sous le nom de flow, et c’était une sensation si agréable qu’elle espéra rester encore longtemps dans cet état. Malheureusement elle avait déjà presque fini. Il ne lui restait plus que le bord-côte ventral, qui fut plus facile à fixer. Sophie éteignit sa machine à regrets et prit le pantalon en main pour admirer le résultat. Une bouffée de fierté l’envahit. Tenir cet objet dans ses mains, cet objet qu’elle avait réalisé elle-même, la remplissait d’une satisfaction telle qu’elle n’en avait presque jamais éprouvé à son travail. Elle comprit instantanément tout ce qu’Eva lui avait expliqué durant son séjour, et elle rit en repensant au pouvoir de cette dangereuse question : « qu’aimais-tu faire quand tu avais dix ans ? »

Maintenant que Sophie avait terminé son projet, elle brûlait de recommencer. Elle se voyait déjà coudre toute la journée du lendemain, qui serait un samedi, après avoir passé au moins une heure dans la boutique qu’elle avait découverte. Elle mettrait son téléphone en mode « ne pas déranger » et passerait sa journée en tête à tête avec sa machine, même s’il faisait beau dehors. La couture allait sans doute devenir une drogue, elle en était consciente.

Comme il lui restait un peu de tissu et un morceau de bord-côte, elle feuilleta le livre à la recherche d’un petit projet et décida de coudre à Elias un bonnet assorti à son pantalon. Une rapide recherche sur internet lui permit de trouver la bonne taille, et là encore elle décida de couper le bonnet une taille trop grande au cas où il rétrécissait au lavage. Puis elle se mit joyeusement à l’ouvrage, et une heure plus tard, le bonnet terminé avait rejoint le pantalon. Sophie les contempla un instant en silence puis décida d’en faire une photo qu’elle envoya à Joséphine. Il fallait qu’elle partage son sentiment de fierté avec quelqu’un !

Elle fouilla ensuite dans sa commode et en sortit un joli papier cadeau. Elle emballa soigneusement les petits vêtements, pensant à la joie d’Eva en les déballant. Elle comprendrait la signification de ce cadeau…

La pensée d’Eva ramena inévitablement les souvenirs de son séjour chez elle, en particulier de cette fameuse nuit d’orage. Le cœur de Sophie se mit à battre plus vite lorsqu’elle revit le visage de Joschka danser devant ses yeux.

Elle avait voulu se réveiller à l’aube le lendemain matin et s’éclipser discrètement, mais elle avait dormi d’un sommeil de plomb et le soleil brillait depuis longtemps dans le ciel lavé et rafraîchi lorsqu’elle s’était réveillée. Joschka, déjà debout, lui avait préparé un délicieux petit déjeuner arrosé de latte macchiato (une boisson qu’elle ne dédaignait pas à l’occasion malgré sa nette préférence pour le thé vert), et finalement, elle était restée chez lui jusqu’en milieu d’après-midi. Il ne l’avait pas laissée tranquille avant d’avoir obtenu son numéro de téléphone (qu’il avait dûment testé avant qu’elle ne parte) ainsi que son adresse à Bruxelles. Il lui avait soutiré la promesse de la revoir avant son départ, promesse qu’elle lui avait accordée de grand cœur. Sophie avait très envie de le revoir elle-aussi, c’était juste qu’elle n’avait aucune envie de s’engager à nouveau dans une relation. Elle avait beaucoup pensé à Joschka depuis son retour, et à leur situation, et elle était arrivée à la conclusion qu’elle en retirerait le maximum de bonheur possible mais sans rien espérer pour l’avenir. Ainsi elle ne souffrirait pas si les choses coupaient court, du moins l’espérait-elle.

Elle avait fini par le quitter en début de soirée. Evidemment, Eva l’avait taquinée sur la longueur de sa course, mais sans trop insister, heureuse de voir les yeux de son amie pétiller de bonheur pour la première fois depuis son arrivée.

La veille de son départ, Sophie se rendit à pied à la maison à l’orée des bois pour faire ses adieux à Joschka. Une boule lui nouait la gorge lorsqu’il fut temps de le quitter. Elle se rendit compte qu’il lui manquait déjà, et elle n’avait aucune envie de rentrer à Bruxelles, d’autant qu’il lui restait quatre jours entiers à la maison avant de reprendre le travail.

Fais voir tes billets, dit Eva le soir.

Sophie les lui montra.

Il est encore possible de les échanger, tu sais. Si tu veux tu peux rester quelques jours de plus, ça ne nous dérange pas, au contraire !

C’est que, je ne voudrais pas abuser…

T’inquiète pas, tu es une invitée modèle, la rassura Heiko avec un clin d’œil.

C’est vrai ? Ben, merci alors ! Comment on fait pour les billets ?

Il faut aller au guichet de la gare. C’est encore ouvert, et je dois aller en ville de toute façon. Si tu veux, je peux m’en charger pour toi, proposa Heiko.

Merci ! dit Sophie.

Elle se retint de lui sauter au cou. Elle savait que de telles marques d’affection rendaient les Allemands parfois mal à l’aise.

Et puis si ça se trouve, tu ne vas plus nous déranger longtemps, de toute façon. Quand tu auras annoncé la bonne nouvelle à Joschka, je suis sûre qu’il t’invitera à rester une nuit chez lui.

Eva ne s’était pas trompée. Sophie lui avait fait la surprise de passer chez lui, et elle était aussitôt retournée chez son amie pour aller chercher sa valise. Ils avaient passé deux jours et deux nuits ensemble dignes d’une comédie romantique américaine. Le dernier jour, il l’avait raccompagnée à la gare, elle avait eu droit à de longs adieux sur le quai, et depuis son retour, ils se téléphonaient presque tous les jours. Il paraissait vraiment amoureux d’elle, et Sophie pensait tout le temps à lui. Elle essayait de s’en empêcher, ne voulant pas perdre le contrôle de ses sentiments, mais elle avait l’impression que c’était déjà trop tard. Même si sa tête lui disait de se méfier, son cœur appartenait déjà à Joschka.

Pourtant, elle aurait eu des raisons de se méfier. Il lui avait expliqué qu’il partageait sa vie entre cette maison, dont il avait hérité, et un minuscule appartement à Berlin qu’il louait. Elle n’avait pas pu s’empêcher de lui demander s’il menait une double vie et où étaient sa femme et ses enfants. Il avait démenti en riant, mais cela n’était pas la seule chose qui avait intrigué Sophie. Il s’était en effet montré très évasif sur son métier, se contentant de lui expliquer qu’il vivait de petits boulots, juste assez pour payer ses factures.

Et le reste du temps, qu’est-ce que tu fais ?

Oh, je viens ici pour me reposer au calme, pour lire surtout, et me promener. Ces boulots sont souvent assez intenses, et ça me fait du bien d’être un peu tout seul.

Sophie n’avait pas insisté. De toute façon elle n’avait pas l’intention de s’installer avec lui. Elle avait envie de profiter de l’instant présent et de son corps magnifique, elle devait bien l’avouer. Elle aimait aussi sa compagnie et le fait qu’il lui donnait l’impression d’être une déesse lorsqu’il la regardait de ce regard intense qui la faisait fondre. Non, ce que Joschka faisait dans la vie n’avait aucune importance, du moment qu’elle avait le droit de se réchauffer encore un peu en sa présence solaire.

D’ailleurs, ils se reverraient bientôt. Il avait promis de lui rendre visite le mois prochain, pour un week-end prolongé, et elle comptait se rendre à Wurtzbourg pour le week-end de la Toussaint. Elle ne savait pas encore si elle logerait chez lui ou si elle abuserait de l’hospitalité d’Eva à nouveau, mais la balance penchait en faveur de Joschka. Sophie sourit à la pensée qu’elle rendrait visite à son amie mais dormirait dans une maison visible de son balcon. Ce serait peut-être l’occasion de lui présenter « le mystérieux Joschka », comme Eva l’appelait. A moins qu’ils ne se soient déjà rencontrés entre-temps, la maison de Joschka se trouvant sur l’un des itinéraires de promenade préférés d’Eva, qui ne résisterait peut-être pas à la tentation d’aller frapper à sa porte pour se présenter… Sophie espéra qu’elle ne le ferait pas, n’aimant pas l’idée qu’ils pourraient avoir une relation en-dehors d’elle, même si elle n’était qu’amicale. Elle ne savait pas pourquoi elle ressentait cela, mais c’était ainsi.

Elle chassa ces réflexions déplaisantes et rangea le paquet cadeau dans un tiroir de sa commode. Elle l’emporterait lors de sa prochaine visite à Eva. Puis elle prit ses deux livres sous le bras, s’empara d’un carnet et d’un crayon et alla s’installer sur son canapé pour choisir quelques modèles à réaliser et faire la liste des fournitures dont elle aurait besoin. Elle s’amusait tellement qu’il était bien après minuit lorsqu’elle leva le nez de ses livres. Choquée par le chiffre qu’elle vit à l’horloge murale, elle qui était une couche-tôt, elle s’empressa de se déshabiller et gagna vite son lit douillet.

NaNo 2017 : 14

Chère Sylvie,

Ton e-mail ne m’a pas vraiment surprise, mamie Jeannette m’avait prévenue que tu voulais me contacter, pourtant je dois t’avouer que ça m’a fait bizarre de le recevoir. Cette prise de contact, je l’avais espérée et redoutée à la fois. Espérée, parce que je voulais comprendre. Comprendre comment une mère peut abandonner son enfant pour chercher à la reprendre des années plus tard, comprendre ce que j’avais peut-être fait de mal étant bébé (car sinon, pourquoi n’aurais-tu plus voulu de moi ? ). Redoutée, parce que je me demandais ce qu’on pourrait bien avoir à se dire, après toutes ces années, et parce que pour moi le chapitre de nos relations était clos. Comme tu l’as écrit toi-même, j’ai une mère, et j’ai pu grandir choyée dans une famille aimante, me sentir acceptée, soutenue, et ce malgré les circonstances de mon arrivée chez ceux que je continuerai toujours à appeler « mes parents ».

Tu as raison, nos relations ne seront jamais normales, et je t’avouerai qu’il ne m’a pas été facile de lire que j’étais une enfant non désirée. Cela a néanmoins le mérite d’être clair, et m’enlève enfin le poids de la culpabilité diffuse que j’ai éprouvée durant toute mon enfance. Non, je n’ai rien fait de mal, à part naître, et pour cela personne ne peut me blâmer. Je n’ai pas demandé à venir au monde, je ne te dois donc rien, même pas la vie, mais je te suis quand même reconnaissante de me l’avoir donnée, et même de m’avoir laissée chez Gérard et Marylin, qui m’ont offert une enfance heureuse et une sœur que j’adore, et continuent de m’aimer et de me soutenir. Si je sais que faire pour atteindre le bonheur et le savourer, c’est grâce à eux. Bref, je suis heureuse d’avoir la chance de vivre sur cette terre, même si je n’avais rien demandé à personne.

Merci de m’avoir expliqué pourquoi tu ne voulais pas être ma mère, c’était une version de l’histoire que je ne connaissais pas encore. La famille évite de parler de toi devant moi, sans doute pour ne pas me faire de peine, mais ça fait du bien de savoir que tout cela n’a rien à voir avec moi. Tu as fais tes choix et je les respecte, cela fait longtemps que je ne t’en veux plus. En vérité depuis le jour où tu as essayé de me récupérer et où j’ai compris que j’avais trouvé une véritable famille. Et puis plus tard, j’ai lu L’amour en plus, d’Elisabeth Badinter, et j’ai compris que comme toutes les autres formes d’amour, l’amour maternel ne se commande pas mais se construit, et que si beaucoup de mères aiment leur enfant au premier regard, c’est souvent parce qu’elles ont désiré avoir cet enfant et ont construit cet amour pendant leur grossesse. J’en ai déduis que tu n’avais pas été capable de m’aimer, même si j’en ignorais les raisons, et étais d’autant plus heureuse de vivre avec Marylin, qui m’a expliqué ce fameux jour où je t’ai vue (même si tu le savais pas) que j’étais la deuxième fille qu’elle n’aurait sans doute jamais pu avoir et qu’elle était très heureuse de ma présence sous son toit, qui serait mon foyer à jamais, si je le voulais. Faute d’avoir été ma mère, tu m’en as donné une, c’est pourquoi je ne peux plus t’en vouloir.

Je n’en veux pas non plus à Victorine de t’avoir renseignée sur moi, ta curiosité est compréhensible, et elle est ta grand-mère et ton modèle. Maintenant que j’y réfléchis, je me trouve presque bête de ne pas m’être doutée du tout du rôle qu’elle a joué entre nous. Je peux te garantir que personne dans la famille n’est au courant, autrement j’en aurais sans doute entendu parler. J’imagine que sous ses airs d’aventurière indépendante, elle a un sens profond de la famille et qu’elle ne voulait pas t’en exclure, même si ton existence est pour ainsi dire un sujet tabou pour le reste de la famille, comme tu peux t’en douter… Bref, elle a fait preuve de sagesse en constituant un lien ente nous, aussi ténu soit-il. Car maintenant que tu m’as écrit, maintenant que je sais que pendant toutes ces années, tu t’intéressais encore à moi, même de loin, je suis curieuse de faire ta connaissance. Pour ne rien te cacher, même si je crois savoir que tu n’as pas cherché à me faire pitié en me parlant de tes malheurs familiaux, je suis triste pour toi. Personne ne mérite de vivre de tels drames, et le fait que tu sois seule, désormais, me fait de la peine. Cela ne veut pas dire que je pourrais remplacer Robert, tout comme il te sera toujours impossible de remplacer Marylin. Mais nous pouvons essayer de combler un peu le fossé qui nous sépare. Peut-être qu’avec le temps, nous pourrions devenir amies, même si ce mot me paraît un peu étrange appliqué à toi. C’est juste que je n’en trouve pas de meilleur.

Tu l’auras compris, je me sens prête pour une réconciliation, ou plutôt pour un rapprochement, étant donné que nous n’avons jamais eu l’occasion de nous disputer. Mais pour moi il est très étrange de bâtir quelque relation que ce soit virtuellement (tu auras peut-être remarqué que je ne suis présente sur aucun des réseaux sociaux qui existent, si tu as eu la curiosité de faire des recherches à mon sujet). C’est pourquoi je te propose de se voir « en vrai », à Remilly. J’y serai dans le courant du mois de septembre. J’imagine que si tu en as vraiment envie, il ne te sera pas trop difficile de t’organiser pour me rejoindre. Si tu devais décider de ne pas saisir cette opportunité, je considérerai le chapitre de nos relations comme définitivement clos. Au cas où nos échanges s’arrêteraient avec cet e-mail, j’en profite pour te remercier d’avoir pris la peine de me raconter ton histoire. Malheureusement je n’ai pas de place dans ma vie pour des demi-relations à distance et je ne tiens pas à un échange sporadique de nouvelles par e-mail qui ne servirait qu’à maintenir artificiellement un contact voué à mourir. Je préfère regarder vers l’avenir, et si tu souhaites en faire partie, je veux bien t’y faire une petite place, à condition de pouvoir te voir de temps en temps. Qui sait, peut-être qu’un jour, toi et moi arriverons à nous apprivoiser, tel le petit prince et le renard du conte de Saint-Exupéry.

Fais-moi savoir si tu comptes venir me voir à Remilly, pour que je puisse m’organiser. Si tu ne réponds pas, j’en déduirai que nous en restons là. Quoi qu’il arrive, je te souhaite sincèrement de retrouver le bonheur un jour.

A bientôt peut-être,

Joséphine.

Joséphine hésita un instant avant de cliquer sur « envoyer ». Une fois que ce fut fait, un grande sensation de paix l’envahit. Elle avait le sentiment d’avoir fait ce qui était juste, et quoi qu’il se passe, elle serait contente. Si Sylvie ne lui répondait pas, au moins elle connaissait la vérité. Si elles se revoyaient, Joséphine pourrait décider de poursuivre leurs relations ou pas. Au pire, elle n’en souffrirait pas. Comme elle l’avait écrit, le chapitre de son abandon était clos pour elle, et sa nature optimiste dirigerait son regard vers l’avenir. Joséphine ne s’attardait jamais sur le passé, et ne ruminait jamais au sujet de choses qu’elle n’avait de toute façon pas le pouvoir de changer. Par contre, en l’invitant à Remilly, elle s’était ouverte l’opportunité d’élargir son cercle de connaissances, voire d’amis, ce qui n’était jamais une mauvaise chose, du moins elle en était persuadée. La vie ferait le tri elle-même en temps voulu. Joséphine avait remarqué une tendance naturelle à s’éloigner des gens qui n’avaient plus rien à faire dans sa vie. Même ceux qui étaient restés plus longtemps que nécessaire, par habitude, avaient fini par s’éloigner. Cela se faisait d’autant plus facilement qu’elle n’utilisait pas les réseaux sociaux, par peur que ces anciennes connaissances ne la retiennent malgré elle dans son passé. Sophie la taquinait souvent à ce sujet, la trouvant trop dogmatique, voire superstitieuse. Elle lui disait des choses comme « toi qui voyages beaucoup, n’es-tu pas curieuse de voir ce que deviennent les merveilleuses personnes rencontrées sur ton chemin ? Tu ne veux pas pouvoir les recontacter si jamais tu retournes dans leur coin ? ». Joséphine se défendait en répondant que cela n’avait rien à voir avec la superstition mais avec l’optimisme et la confiance en l’avenir, confiance dans le fait que ces personnes se retrouveraient d’elles-mêmes sur sa route en temps voulu, et que si ce n’était pas le cas, c’est qu’elles n’avaient plus rien à faire dans sa vie. Et c’était exactement ainsi qu’elle voyait les choses avec Sylvie.

Sylvie… Joséphine ferma les yeux et tenta de l’imaginer sous les traits de sa mère, mais ce furent les boucles blondes et les lunettes sixties de Marylin qui lui apparurent. Marylin… Il lui tardait de la revoir. Elle devait bien reconnaître que toute cette histoire la perturbait plus que ce qu’elle voulait bien s’avouer.

Joséphine prit son téléphone avec elle et se leva pour aller s’accouder à la balustrade de fer forgé, sur son balconnet. Elle observa un moment les passants aller et venir en contrebas dans la rue éclairée de réverbères orange, trouvant la paix dans les bruits de la circulation et de la vie citadine, qu’elle adorait. Elle aimait le calme de Remilly pour se ressourcer à l’occasion, mais jamais elle n’aurait pu habiter un aussi petit village. Joséphine avait besoin de l’animation de la ville, des restaurants exotiques, des compagnies de danse et de théâtre et autres distractions citadines. En cela elle ressemblait à Victorine. Elle avait d’ailleurs habité quelques mois avec elle à Paris, mais elle avait fini par déménager à Lille dans une tentative de « trouver sa propre ville ». Elle avait réussi à s’y construire une vie agréable et n’avait jamais regretté son choix.

Joséphine s’arracha à sa rêverie pour regarder l’heure sur son téléphone. Il était plus de dix heures du soir, et elle se mordit la lèvre, hésitante, avant de se décider à chercher le numéro de Remilly dans son répertoire. Elle avait vraiment besoin de parler à ses parents, et elle était presque sûre qu’ils n’étaient pas encore couchés. Vu ce qu’elle avait à leur dire, cela l’étonnerait qu’ils lui en veuillent de les appeler si tard.

Allô ?

La voix de Marylin paraissait légèrement inquiète. Personne n’appelait jamais après neuf heures chez eux, à moins qu’il n’y ait urgence. C’était une règle de savoir-vivre à laquelle la famille Bonaventure tenait beaucoup, et Gérard et Marylin l’avait inculquée à leurs filles.

Allô, maman ? Ça va ?

Oui ma chérie, et toi ? Il s’est passé quelque chose ?

Sous-entendu : pourquoi appelles-tu si tard ? Joséphine sourit.

Tout va bien, maman. J’avais juste envie de te parler… En fait… Je viens d’écrire un e-mail… à Sylvie.

Cela lui parut bizarre d’évoquer sa mère biologique à Marylin. On ne la mentionnait pour ainsi dire jamais, comme si elle n’existait pas. A l’autre bout du fil, il y eut un blanc. Puis Marylin demanda :

Est-ce que j’ai bien entendu ?

Oui. Je… je l’ai même invitée à Remilly le mois prochain…

Pas de réponse.

Maman, tout va bien ?

Oui, oui. Je… je suis surprise, c’est tout. Très surprise. Mais… pourquoi ?

Elle m’a écrit un e-mail. Elle m’a tout expliqué.

Ça change tout, alors ! fit Marylin d’un ton sarcastique.

Maman, ne le prends pas comme ça, s’il te plaît ! Je suis juste curieuse de la voir !

Marylin soupira.

Pardon, ma chérie. C’est juste que je ne la porte pas dans mon cœur, tu imagines ! Après ce qu’elle t’a fait… Quoiqu’il y a des jours où je la bénis de m’avoir donné une fille ! Mais quand même…

La gorge de Joséphine se serra.

Je t’aime, maman…

Moi aussi, ma chérie.

Elles laissèrent passer un moment de silence. Puis Marylin reprit :

Tu es sûre que tu veux la voir ?

Oui.

Pourquoi Remilly, et pas Lille ?

Parce que j’ai besoin de vous dans les parages. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre…

Est-ce que tu veux que je l’invite à la maison pour discuter ? fit Marylin, tendue.

Non, ne t’inquiète pas ! Nous irons sans doute aux Marronniers, si elle vient, bien sûr.

D’accord.

Le soulagement était perceptible dans la voix de Marylin.

Ton père m’appelle, il veut aller se coucher. Ça ira, ma chérie ?

Oui, ne t’en fais pas. On se rappelle demain, d’accord ? Fais un bisous à papa pour moi…

Je n’y manquerai pas.

Bonne nuit, maman.

Bonne nuit, mon poussin.

Joséphine raccrocha puis referma la porte-fenêtre. Elle rassembla pensivement la vaisselle qui traînait et mit son lave-vaisselle en route. Tant qu’elle y était, elle décida de faire tourner une machine et ramassa le linge sale qui s’était accumulé derrière la porte de sa chambre au fil des jours. Elle décida ensuite de ranger tout son appartement, tant qu’à faire, et dans son élan, elle nettoya sa cuisine. Seule l’heure avancée de la nuit l’empêcha de passer l’aspirateur. Quand il n’y eut plus rien à faire, elle s’écroula dans son fauteuil en rotin garni de coussins écrus pour se relever presque aussitôt, incapable de tenir en place. Ses yeux la piquaient, mais son corps refusait de trouver le repos. Elle déroula son tapis de yoga, fit quelques salutations au soleil, un chien tête en bas et un arbre avant de s’allonger en shavasana. La méditation fut loin d’être aisée, des tas d’attentes et d’inquiétudes parasitaient ses pensées, mais sa longue pratique lui permit de les prendre en compte puis de les écarter une à une. Quand elle se sentit un peu plus calme, elle se fit couler un bain tiède, alluma une bougie parfumée à la lavande et glissa le best of de Massive Attack dans le lecteur CD. Cela lui fit un bien fou et, apaisée, elle se glissa dans ses draps frais et put enfin trouver le sommeil.