Etre écrivain : Eudes Nouvelot

Bonjour tout le monde !

Nous restons dans le cycle La maison sur la plage avec cet article. Eudes a eu la gentillesse de répondre à quelques questions pour vous, les voici donc.

Le cycle d’Eriu : Avant toute chose, pouvez-vous vous présenter, vous et votre œuvre, en quelques phrases ?
Eudes : Je suis naturellement porté à la solitude mais aussi (paradoxalement) quelqu’un d’extraverti. (Un bon cocktail me semble-t-il, pour qui veut devenir écrivain). J’ai suivi des études d’histoire avant de me reconvertir en documentaliste (comme ma mère avant moi). Autant dire que j’ai passé ma vie au milieu des livres !
J’ai toujours aimé écrire (y compris des textes scientifiques). Je me suis toujours senti à l’aise dans cet exercice. Dans le cadre privé, cela a longtemps consisté en lettres, puis en emails (une fois l’Internet inventé). Il s’agissait de récits de voyage (de 20-30 pages), tournés de manière burlesque.
Mon œuvre publiée se résume à « La Maison sur la plage ». J’y ai placé les éléments qu’il me plaît de trouver dans un roman (tendresse, introspection, humour et un peu de suspense). Le roman sera bientôt disponible en anglais car je voulais que mes amis non-francophones puissent le lire.
Je travaille maintenant à un recueil de nouvelles, courtes, tirées d’impressions fugitives, de rencontres ou même totalement imaginaires.

Pour vous, être écrivain, c’est quoi ?
Etre écrivain, j’ai l’impression que c’est un aboutissement logique pour qui a les traits de caractère requis : curiosité, capacité d’observation, d’imagination… Tout cela fait que l’on est porté à aimer les livres donc (dans une certaine mesure) à aimer écrire.
Le paradoxe de cette double tendance à s’ouvrir au monde et à se replier sur soi, alternativement, fait toute l’originalité du travail d’écrivain.
L’écriture, c’est comme le tennis (si l’on en croit la pub de la FFT) : un sport réservé à tous. Mais il y a une part d’orgueil dans cette conviction que ce que l’on écrit mérite d’être lu, que l’on a un message à faire passer au monde. Tout le monde n’a pas cette conviction, cette confiance en soi. Personnellement, j’ai l’un et l’autre mais je sais où est ma place. Je ne me prendrai jamais pour un autre. N’est pas Proust qui veut ! 😉

Vous sentez-vous écrivain ? Depuis quand ?
Pour les raisons que je viens d’évoquer, oui je me sens écrivain depuis toujours même si cela s’est concrétisé sur le tard. Il y a un signe qui ne trompe pas : quand mon imagination se met en branle, quand j’assemble les éléments d’une histoire possible, quand j’écris, je me sens dans mon élément, moi-même, pleinement heureux. Et si fier, quand je sens que j’ai écrit quelque chose de bien !

Quelle serait votre routine d’écriture idéale ?
Se mettre dans les conditions propices (sans parler de l’écriture elle-même), cela demande du temps. Je ne consacre jamais moins d’une demi-journée à l’écriture, sinon le travail est bâclé. Dans l’idéal, chaque personne qui aime écrire rêve d’être un écrivain professionnel, ne plus se disperser, ne faire que cela ! Je voudrais avoir le temps et la possibilité d’écrire quand l’inspiration me vient (car il faut qu’elle soit là pour écrire quelque chose de valable).
Quand j’écris, j’aime être dans la nature ou entouré par elle. Le vert m’inspire ! 😉 Une musique discrète peut m’accompagner au départ mais quand je me retrouve plongé dans l’écriture, alors une solitude et un silence total sont nécessaires (j’utiliserai des boules-quies si nécessaire).

Et en vrai, ça ressemble à quoi ?
Dans les faits, c’est bien ainsi que cela se passe mais c’est une gageure pour se trouver dans les conditions propices. On a du temps libre le week-end et en vacances mais l’inspiration peut venir le mardi matin ou en octobre. Que faire alors ?
Avoir un métier et aimer écrire ne sont pas totalement incompatibles (preuve en est que j’ai réussi à écrire ce livre) mais c’est tout de même une source de frustrations. On est constamment interrompu, parfois pendant des semaines entières. Ce n’est pas facile de se « remettre dedans » le moment venu. Ce qui devrait prendre des semaines prend des mois. Ce qui devrait prendre des mois prend des années… C‘est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’écris des nouvelles ces derniers temps. La construction est plus facile et l’écriture plus rapide.
Je vis chaque fois le « retour à l’écriture » comme une libération, un exutoire, une régénération.

Avez-vous des objets fétiches liés à l’écriture, ou des règles ? (Par exemple, j’ai pour règle de ne pas commencer un roman tant que je n’ai pas terminé d’écrire celui en cours)
Le vert comme source d’inspiration, je le trouve chez moi, assis à la table du salon, devant mon ordinateur portable et faisant face au jardin. Chopin et Debussy m’accompagnent souvent. Je peux observer le chat ou les oiseaux en train de batifoler de l’autre côté de la baie vitrée, voire à côté de moi quand je suis installé dehors.
Je n’écris jamais deux histoires en même temps. Par contre, je n’hésite pas à m’interrompre pour coucher sur le papier les éléments d’une future histoire possible, et écrire une accroche. Pour la garder en mémoire, pour voir si elle m’inspire vraiment, si elle a du potentiel…

Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Un mot seulement : Il faut croire en soi. Ne faut pas hésiter à écrire si on a goût à cela. Pour son propre plaisir d’abord ! Nous avons chacun des vies différentes, avec des sentiments, des souvenirs, des goûts différents. L’écriture est le meilleur moyen de garder une trace de tout cela. Pour nous-mêmes, et éventuellement pour les autres.

Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview !
Je t’en prie.
C’est un bonheur de t’avoir rencontrée, Maud. Tu fais un travail remarquable avec ce blog. Comment tu parviens à concilier travail, vie de famille, écriture et donc gestion de ce blog reste un mystère pour moi ! 😉 Dans une prochaine vie, si je me réincarne en femme, peut-être le découvrirai-je…

Encore merci Eudes pour cette interview et ce gentil mot de la fin ! Je dois dire que je me reconnais beaucoup dans ton approche de l’écriture…

Pour les petits curieux, l’image est une photo du quartier d’Arlozorov de nuit, à Tel-Aviv, là où se déroule la première scène du roman…

Retrouvez d’autres articles d’auteurs invités et d’interviews ici.

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *