NaNo 2017 : 9

Sylvie tressa ses longs cheveux d’un noir brillant avec des gestes plein de douceur. Elle prenait grand soin de sa chevelure, qui était sa plus grande fierté, d’autant plus qu’à presque soixante ans, elle n’avait pas encore un seul cheveu blanc. Par contre, son visage commençait à trahir son âge. Jetant un regard critique dans le miroir de sa coiffeuse, elle examina les plis autour de sa bouche qui commençaient à se marquer, tout comme les rides qui barraient verticalement son front. Elle devrait arrêter de fumer, songeait-elle. Elle savait bien que ce n’était pas bon pour la peau, ni pour la santé en général, et elle avait déjà essayé d’arrêter à plusieurs reprises dans le passé. Mais à chaque fois, un événement stressant l’avait faite replonger… En tout cas ce n’était pas ce jour-là qu’elle arrêterait. Sa vie avait pris un tour tragique ces derniers mois et elle avait beaucoup cogité. Elle avait réalisé ce qui comptait vraiment dans sa vie et à son grand désespoir, elle avait tout fait de travers. Ce qu’elle s’apprêtait à faire dans quelques minutes, cela faisait des années qu’elle le repoussait, mais maintenant il y avait urgence. Il y allait de sa dernière chance de sauver de sa vie ce qui pourrait peut-être encore l’être. Alors elle s’assit en tailleur dans son fauteuil de designer près de son lit défait, ouvrit son élégant MacBook gris sur ses genoux et cliqua sur l’icône de son programme de mails. Sans regarder ses nouveaux messages pour ne pas se laisser distraire de sa tâche, elle commença à rédiger un brouillon. Cet e-mail serait sans doute le plus difficile qu’elle avait jamais eu à écrire.

Les débuts furent laborieux, les lettres personnelles n’avaient jamais été son fort. Elle était plus habituée aux lettres d’affaires, mais elle faisait de son mieux et bientôt, la danse de ses doigts sur le clavier s’accéléra, et ses phrases se firent plus fluides. Il lui fallut plus d’une heure avant d’en avoir terminé. Elle relut le mail d’un œil critique, corrigeant ici ou là des fautes de frappe, modifiant certaines phrases. Enfin elle cliqua sur « Envoyer », entendit le bruit caractéristique de l’e-mail qui partait rejoindre son destinataire, et poussa un long soupir de soulagement. C’était fait. Il n’y avait plus qu’à attendre la réponse, si jamais il y en avait une.

Il y eut bien une réponse, une semaine plus tard. Mais ce n’était pas celle qu’elle attendait.

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