NaNo 2017 : 12

Sophie souffla sur sa tisane brûlante avant d’en avaler une gorgée. La nuit était un peu fraîche pour la saison, aussi avait-elle enroulé un plaid autour de ses épaules, dont les franges multicolores lui chatouillaient parfois les mains. Il appartenait à Eva, et Sophie se trouvait sur son balcon, au troisième étage d’un immeuble en comptant quatre, dans un quartier calme entre ville et campagne. A cinq minutes à pied se trouvait une ligne de bus qui conduisait au centre de Wurtzbourg, la ville bavaroise (ou plutôt franconienne, comme la population locale aimait à le souligner) où vivait Eva avec son mari Heiko et leur fils de trois semaines, qu’ils avaient appelé Elias. Pourtant on aurait pu se croire à la campagne. La vue du balcon donnait sur des champs, et au loin, on pouvait apercevoir la ligne sombre d’une forêt se découpant sur le ciel crépusculaire. La seule trace de civilisation était une maison solitaire à l’orée des boist, peut-être une ferme, qu’on pouvait bien distinguer grâce à la lueur jaune qui s’échappait de quelques fenêtres. Cette maison évoqua les contes de fée à Sophie et l’attirait, curieuse de savoir qui vivait là. Une sorcière ? Un pauvre bûcheron ? Ou tout simplement un agriculteur ?

Ça y est, il dort, dit Eva en refermant la porte-fenêtre derrière elle.

Elle posa un babyphone sur la petite table ronde où une tisane l’attendait, et écouta un instant. On entendit un soupir, puis plus rien. Elle s’assit alors précautionneusement dans son fauteuil d’osier à bascule et s’empara de la tisane, juste bonne à boire. Sophie l’observa, ayant encore un peu de mal à superposer la femme qu’elle avait en face d’elle à la lycéenne qui avait passé un été à Remilly. Eva avait beaucoup changé en dix ans. Bien sûr, Sophie avait suivi de loin sa vie sur Facebook et vu des photos, mais c’était autre chose de la voir en vrai.

Pour commencer, la lycéenne aux longues jambes de sportive et à la sage queue de cheval blonde était devenue une jeune femme aux cheveux roses et platine qui retombaient en une longue mèche d’un côté de son crâne, l’autre côté étant rasé. Au lieu de porter des vêtements moulant qui cherchaient à mettre en valeur ses formes naissantes s’épanouissant doucement, elle portait désormais d’amples tuniques colorées sur des leggings, pour des raisons de confort et sans doute pour masquer un peu les rondeurs de la grossesse, rondeurs qui ne tarderaient sans doute pas à disparaître sous peu. Eva avait toujours été très active physiquement, et Sophie ne l’avait jamais connue autrement que grande et élancée, du moins à en croire les photos qu’elle avait régulièrement postées ces dernières années.

Et puis l’ambitieuse lycéenne qui avait ensuite étudié l’économie était devenue une pourfendeuse du capitalisme basé sur la croissance pour devenir l’avocate de ce qu’elle appelait le « minimalisme éclairé » et l’ardente partisane de l’économie de partage, autrement dit du principe « utiliser au lieu de posséder ». Vu de l’extérieur, elle semblait vivre une vie avec beaucoup de « sans » : elle vivait sans voiture, sans télé, sans voyages de luxe, sans meubles ni vêtements neufs, mais aussi sans chichis ni objets inutiles, et pourtant, quand on y regardait de plus près, toutes ces choses auxquelles elle avait renoncé avaient dégagé une place énorme et surtout beaucoup de temps qu’elle pouvait consacrer à ce qui était vraiment important pour elle.

En tout cas Elias est vraiment mignon, dit Sophie, un sourire attendri sur le visage.

E-li-as, la corrigea gentiment Eva.

Pardon. Je l’ai prononcé à la française, hein ?

Oui. Mais au fond, ce n’est pas si grave. Appelle-le comme tu veux.

Eva but une longue gorgée de tisane avant de continuer.

Tu m’impressionnes, Sophie, je ne savais pas que tu parlais si bien allemand !

Elles n’avaient pour ainsi dire pas parlé un mot de français depuis que Sophie était arrivée, pour ne pas exclure Heiko de la conversation, qui n’avait jamais appris la langue de Molière.

C’est parce que j’en ai tout le temps besoin pour mon travail… Par contre je n’arrive pas à me défaire de mon accent !

Pourquoi vouloir t’en défaire ? Nous, les Allemands, on adore l’accent français, on trouve ça très mignon. Surtout ne le perd pas !

Pas de risque, crois-moi !

Heiko sortit les rejoindre. Il ne resta pas longtemps, juste le temps de leur dire au revoir. Il allait arroser la naissance d’Elias avec ses amis. Comme Sophie était là et qu’elle pourrait aider Eva au besoin, il avait jugé qu’il pouvait se permettre une gueule de bois le lendemain…

Tout est si calme, observa Sophie. On est vraiment bien.

Le vent faisait danser les feuilles du palmier en pot et des plants de tomate dans leur bac. Les yeux de Sophie revinrent se poser sur la maison solitaire.

Tu sais qui habite là-bas, par hasard ? demanda-t-elle.

Non. Je sais juste que le chemin qui passe devant mène dans la forêt. J’aime bien me promener par-là, et avant, c’était mon circuit de jogging préféré !

Ça fait une éternité que je ne suis pas allée courir, soupira Sophie.

Profites-en, alors, tant que tu es ici. Si tu veux, demain matin, on y ira se promener, comme ça tu verras le chemin.

Bonne idée !

Eva lui prit la main.

Je suis vraiment contente que tu sois venue me voir, dit-elle avec enthousiasme. Surprise, mais contente.

Sophie rougit, un peu honteuse. Elle aurait dû venir plus tôt, et elle avait un peu l’impression de se servir d’Eva comme d’un « bouche-trou de vacances ».

Pour tout te dire, ma visite n’est pas entièrement désintéressée. J’avais besoin de changer d’air. Je suis désolée d’avoir attendu si longtemps pour venir te voir.

Peu importe tes raisons, la rassura Eva. L’important c’est que tu es là, maintenant. Et puis moi aussi j’aurais pu venir à Bruxelles, et je ne l’ai jamais fait, alors c’est bien d’être venue, même si c’est juste parce que tu as besoin de vacances…

François n’avait pas envie de m’accompagner, et je n’avais pas envie de partir toute seule, se justifia Sophie.

Peu importe, répéta Eva. Dis-moi plutôt pourquoi tu avais besoin de changer d’air, si ce n’est pas indiscret.

Sophie lui devait bien cette explication, étant donné qu’elle profitait ainsi de son hospitalité. Et puis ça ne la dérangeait pas de parler à Eva. Elle avait changé, certes, mais elle était restée une bonne amie, Sophie en était sûre. Malgré toutes les années, elle avait eu l’impression de l’avoir quittée la veille en la revoyant, et d’après son expérience, c’était à ça qu’on reconnaissait les bons amis, non ? Alors elle se lança, lui parla de sa vie en Belgique, de ses études, de François et de la tournure qu’avaient pris les événements ces dernières semaines. Et tout en parlant, elle réalisait certaines choses, par exemple le fait qu’elle se sentait coincée dans sa vie, obligée d’avancer pour ne pas tomber, mais se demandant à quoi bon ? Le boulot lui avait permis de ne pas s’effondrer après le départ de François, et elle était reconnaissante de cela, mais tous les jours se suivaient et se ressemblaient, les semaines, les mois, les années fuyaient, lui coulaient entre les doigts sans qu’elle ne puisse entrevoir un sens à tout cela. Elle s’en ouvrit à Eva, qui l’écoutait sans rien dire, ses beaux yeux bleus calmement posés sur elle.

Pour toi c’est différent, je crois, dit Sophie. Tu as Elias, c’est vrai, mais c’est plus que cela encore. Tu as l’air heureuse, foncièrement heureuse.

Je le suis, répondit-elle simplement.

Comment tu fais ?

Tu veux connaître mon secret ?

Sophie hocha la tête, un peu méfiante quand même. Eva n’allait pas se moquer d’elle ? Lui raconter n’importe quoi ou lui sortir une boutade assortie d’un clin d’œil ? Elle l’observa attentivement et fut rassurée de voir l’air grave que prenait Eva. Son amie était sérieuse.

Je veux bien te faire gagner du temps et le partager avec toi. Moi il m’a fallu quelques années pour en assembler les pièces et en tirer les conséquences qui s’imposaient… J’ai bien envie de te raconter toute l’histoire, si ça t’intéresse.

Sophie hocha vivement la tête. Eva se renfonça dans son fauteuil, croisa les mains sur son ventre et commença :

Il y a trois ans, je faisais les châteaux de la Loire en vélo avec Heiko, et grâce à Warm Shower, un réseau de couch surfing pour cyclistes, j’ai fait la connaissance de Clémence. Elle avait accepté de nous loger pour une nuit, mais finalement, nous n’avons que peu dormi, tant ce qu’elle nous racontait de sa vie était intéressant. Elle et son copain Pierre vivaient à la campagne. Ils avaient calculé de combien d’argent ils avaient besoin pour couvrir leurs frais une fois réduits au maximum et ne travaillaient que quelques mois par an pour tout payer, en moyenne trois mois chacun. Ils étaient psychologues et faisaient des remplacements un peu partout en France, en Suisse et en Belgique, parfois obligés de vivre séparément. Leur raisonnement était simple : nous travaillons pour nous payer des choses que nous n’avons pas le temps de faire nous-même parce que nous sommes occupés à travailler. Ils faisaient donc presque tout eux-même, de leurs vêtements (ils recyclaient de la seconde main) à leurs cosmétiques en passant par la production de leurs propres fruits et légumes. Ils achetaient à bon prix, aux fermes voisines, le peu de viande qu’ils mangeaient, ainsi que les œufs et les produits laitiers. Ils achetaient tout ce qu’ils ne pouvaient pas produire eux-même d’occasion, réparaient leurs affaires plutôt que de les jeter, et malgré toutes ces activités, il leur restait plusieurs mois dans l’année pour voyager.

Ce n’est pas un peu extrême ? Je veux dire, ça ne doit marcher que parce qu’ils n’ont pas d’enfants…

C’est aussi ce que je me suis dit au début. Mais ils sont la preuve vivante qu’une autre vie est possible. Avec eux, on a aussi beaucoup parlé des absurdités de la vie de beaucoup de familles. Par exemple, les parents de Heiko ont travaillé toute leur vie à plein temps pour devenir propriétaires de leur maison, et maintenant que leurs trois enfants sont tous partis et qu’ils viennent de finir de la payer, ils cherchent à la revendre parce qu’elle est beaucoup trop grande pour eux… Et puis il y a aussi le fait que plein de gens travaillent pour pouvoir se payer des choses pour impressionner des gens dont ils n’ont rien à foutre. Ici en Allemagne c’est flagrant avec les voitures. Il y a des gens qui ont des voitures à 50 000€ dans leur garage mais qui s’entassent à cinq dans un deux-pièces juste pour pouvoir dire « hey, j’ai réussi dans la vie, regardez ma BMW hors de prix » ! Bref. Nous sommes rentrés de vacances, et Heiko et moi on a commencé à cogiter. Tu nous connais, on adore les livres, alors l’un de nos premiers réflexes a été d’aller à la bibliothèque emprunter des livres sur le minimalisme, le bonheur, le rapport aux possessions, enfin, tout ce qui nous tombait sous les yeux à ce sujet, et tout en lisant, on a commencé par faire le tri, mettant dans des cartons tout ce qui ne nous était pas indispensable ou ne nous rendait pas heureux, d’une manière ou d’une autre. Par exemple Heiko a gardé sa super machine à espresso italienne, peut-être inutile en soi, mais chaque jour, il est content de se faire son café préféré avec… Au bout d’un an, on a donné nos cartons à une amie qui faisait un marché aux puces parce qu’on ne les avait même pas ouverts. Et avant d’acheter quoi que ce soit, on s’est mis à réfléchir. Est-ce qu’on en a besoin ? Est-ce que c’est un achat que je risque de regretter ? On a continué à faire le tri, même avec nos meubles. On en avait en trop, maintenant qu’on avait moins de choses à ranger. Et avec moins de meubles, on a vu que notre appartement était trop grand pour nous, alors on a déménagé dans un endroit plus petit, ce qui nous a fait faire tellement d’économies qu’on a pu réduire tous les deux notre temps de travail. Et ça nous a libéré beaucoup de temps pour réfléchir à ce qui était important pour nous et pour redécouvrir des tas de hobbies.

Sophie ne savait que dire. Elle était vraiment impressionnée par leur liberté et leur aplomb d’avoir osé sortir des sentiers battus.

Sophie, pourquoi tu as fait des études ?

Elle réfléchit un instant.

Parce que j’en avais la capacité, et parce que mes parents m’y ont poussée. Ils voulaient que j’aie un bon métier, pour que je gagne bien ma vie et que je ne manque de rien.

C’est normal, pour des parents. Et moi aussi je donnais cette réponse il y a un an encore.

Et qu’est-ce que tu répondrais, maintenant ?

J’ai fait des études pour accéder à des métiers où tu gagnes bien ta vie, pour pouvoir travailler moins.

Sophie médita un instant cette réponse avant de demander :

Et les gens qui sont obligés de travailler à temps plein parce qu’ils ne gagneraient pas assez à mi-temps, même en réduisant leurs besoins ?

Alors ils doivent trouver un métier qui les passionne, suivre leur vocation !

Ça paraissait si simple dit comme ça ! Pourtant cela ne résolvait pas tout.

Et comment ils peuvent trouver leur vocation ?

Ils doivent se demander ce qu’ils aimaient faire quand ils avaient dix ans. Ce qu’ils choisissaient de faire de leur temps libre, sans aucune pression extérieure, sans espoir de récompense ou peur de conséquences négatives.

Eva semblait si sereine et si sûre d’elle en énonçant ces réponses ! Sophie vit immédiatement qu’elle devait avoir beaucoup lu et réfléchi pour arriver à ces conclusions.

Et toi, Eva, qu’est-ce que tu faisais quand tu avais dix ans ?

J’étais tout le temps dehors, à courir la campagne, ramasser des objets dans la nature, en faire des potions magiques. J’observais les oiseaux, j’essayais d’attraper des papillons, j’apprenais le nom des arbres.

C’est difficile d’en faire un métier, à moins de devenir…

Elle ne trouvait plus le mot allemand pour « garde-forestier ».

Tu sais, les gens en uniforme kaki qui font des visites guidées aux enfants dans la forêt…

Eva éclata de rire.

Forster ! Oui, c’est vrai. Mais mon travail à l’université me laisse tous mes après-midi pour me balader dans la nature. Je ramasse des plantes sauvages, j’invente des recettes avec, et je collectionne de jolies choses avec lesquelles je me fabrique de la déco.

Alors c’est toi qui a fait le beau mobile dans le salon ?

Sophie avait admiré l’assemblage aérien de plumes, feuilles, coquillages et branches qui pendait au-dessus du piano électrique.

Oui, et celui au-dessus du lit d’Elias aussi…

On entendit ululer une chouette, et Sophie prêta un instant l’oreille aux bruits de la nuit.

Mais attention Sophie, c’est une question dangereuse, celle dont je viens de te parler. A cause d’elle mes parents m’ont fait la tête pendant des mois…

Ah bon, pourquoi ?

Je l’ai posée à mon petit frère, et il m’a répondu « couper les cheveux de tes poupées ». C’est vrai qu’à l’époque, ça me faisait enrager.

Et qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Il a arrêté ses études d’ingénieur pour faire une formation de coiffeur… Autant te dire que nos parents n’étaient pas ravis, mais ils se sont calmés depuis qu’il a son propre salon et qu’il gagne bien sa vie. Mais pour Flo ce n’est pas le plus important. Il s’éclate tellement au salon qu’il s’oblige à prendre des vacances…

Je suis contente pour lui. Tu crois qu’il aura le temps de s’occuper de moi ?

J’en suis sûre ! Pour toi, il trouvera le temps !

Elles se sourirent, puis Eva reposa sa tasse vide sur la table.

J’ai posé cette question à beaucoup de gens, et tu sais ce que j’ai remarqué ?

Non, quoi ?

Toutes les personnes heureuses ont une activité en rapport avec ce qu’elles aimaient faire quand elles avaient dix ans, que ce soit dans leur métier ou comme hobby sérieux.

Qu’est-ce que tu veux dire par « hobby sérieux » ?

Ben tu sais, pas un truc que tu fais presque jamais, mais quelque chose qui te tient à cœur et pour laquelle tu arrives à dégager du temps, comme ces gens qui passent des heures dans leur cuisine à préparer des bons petits plats, où les coureurs qui joggent par tous les temps pour le plaisir, et pas parce qu’ils se sentent obligés de faire du sport…

Je vois.

Et toi, Sophie, qu’est-ce que tu aimais faire quand tu avais dix ans ?

Sophie réfléchit à la question. Elle lui faisait penser à la légende personnelle que Paulo Coehlo décrivait dans l’Alchimiste.

Hmm… Je crois que je passais beaucoup de temps chez ma voisine Yvette. C’était une couturière à la retraite qui prenait des ouvrages pour arrondir ses fins de mois. J’adorais la regarder coudre, j’étais fascinée par l’aiguille de la machine qui montait et descendait dans le tissu, ça a même failli me coûter un œil, une fois où une aiguille a sauté en cassant. Après ça je n’ai plus eu le droit d’y retourner. Mais Yvette m’avait appris les bases, à la main et à la machine, et un peu de broderie aussi, et j’adorais coudre des vêtements à mes poupées… Ma mère me laissait utiliser sa machine, mais je devais porter les lunettes de protection que je mettais pour le cours de chimie !

Sophie pouffa à ce souvenir.

Et tu couds encore ?

Non, je suis entrée au lycée, et ça a été la folie, je n’avais pas beaucoup de temps libre, et je préférais voir mes copines. Pareil pendant mes études, et puis j’ai commencé à travailler…

Eva se redressa d’un coup. Les lumières du babyphone venaient de clignoter, et un vagissement se fit entendre. Elle consulta sa montre et se leva.

C’est l’heure de la tétée, dit-elle.

Ça t’embête si je reste un peu ici ? demanda Sophie.

Non, non. Je te dis bonne nuit, alors, je vais me coucher après, parce qu’il se réveillera encore cette nuit…

Eva l’embrassa sur les deux joues, à la française, tout en la serrant contre elle, à l’allemande, et disparut dans l’appartement, le babyphone à la main.

Sophie fixait la campagne plongée dans l’obscurité, songeuse. En une soirée, Eva lui avait donné matière à réfléchir pour des mois. Et ce n’était que le premier jour ! Elle était encore là pour une semaine…

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