NaNo 2017 : 15

Sophie fit automatiquement un détour pour éviter le panneau sur son chemin, avant de s’arrêter net et de faire demi-tour pour le lire. Une flèche indiquait la direction à suivre pour trouver le magasin en question, et après une seconde d’hésitation, elle s’engagea dans la ruelle pavée. Sophie passait devant presque tous les jours lorsqu’elle rentrait du travail, pourtant elle n’avait jamais eu la curiosité de l’emprunter. Mais après son séjour à Wurtzbourg, elle repensa à ce qu’Eva lui avait dit et décida de faire revivre une vieille passion.

La clochette teinta joyeusement au-dessus de la porte de bois vitrée. La vendeuse, une jeune femme aux cheveux noirs relevés en chignon, était occupée à couper du tissu sur une table pour une cliente qui faisait aller et venir sa poussette afin de calmer l’enfant agité qui s’y trouvait. Avant de faire un pas de plus, Sophie regarda autour d’elle pour s’imprégner de l’ambiance des lieux. Car aussi étrange que cela puisse paraître, elle n’était encore jamais entrée dans un magasin d’étoffes. Durant les quelques années où elle s’était adonnée à la couture, elle avait travaillé avec des chutes de tissu et des vieux vêtements.

Son regard se porta d’abord en face d’elle, au fond de la boutique. Un comptoir de bois poli faisait l’angle de la pièce, sur lequel s’alignaient des chutes de tissu joliment enroulées et enrubannées, ainsi qu’une caisse remplie de tas d’articles de mercerie en promotion. Derrière le comptoir, un présentoir accroché au mur proposait les outils et petites choses indispensables à toute couturière tels que ciseaux, mètre-ruban, boutons pressions adaptés à toutes sortes de tissus, épingles, aiguilles à broder et de machine à coudre… En face du comptoir, il y avait une étagère de style art nouveau rempli de livres et de patrons, et un fauteuil à franges invitait à les feuilleter confortablement. Les tables de coupe, brillamment éclairées par des lustres à chandelles (électriques, cela va sans dire), occupaient le milieu de la place. Les tissus quant à eux s’alignaient dans des étagères de bois peintes en blanc qui ne montaient pas beaucoup plus haut que la taille d’une personne de taille normale, de sorte qu’il était aisé de toucher et manipuler les étoffes se trouvant sur l’étagère supérieure. Les tissus étaient joliment rangés par couleur, offrant d’agréables camaïeux à l’œil. Sophie devina qu’ils devaient également être organisés par type, mais il aurait fallu qu’elle les touche pour s’en rendre compte. Au-dessus des étagères s’alignaient des vêtements réalisés avec les étoffes du magasin, pendus sur un fil de laine avec des pinces à linge en bois, cherchant à inspirer les clients indécis.

Comme la ruelle était sombre et laissait entrer peu de lumière naturelle dans la boutique, les murs avaient été peints d’un blanc éclatant, faisant ressortir d’autant mieux la marchandise. Le sol recouvert de parquet avait été laissé au naturel, le bois étant d’une belle teinte blonde. Sophie tomba instantanément amoureuse de ce lieu.

Elle s’avança et commença à faire le tour du magasin, prenant plaisir à toucher les étoffes et à admirer leurs motifs, la tête fourmillant soudain d’idées à leur contact. Elle devrait se raisonner et planifier ce qu’elle comptait faire pour savoir exactement ce dont elle aurait besoin, ou elle risquait d’acheter tout le magasin. Elle s’approcha donc des livres et en sortit quelques uns qui l’inspiraient pour les feuilleter tranquillement, assise dans le fauteuil d’un vieux rose. Elle reposa ceux qui proposaient des modèles trop difficiles pour elle, à son avis, et opta pour un livre permettant d’habiller les enfants de 0 à 3 ans destiné aux débutantes. Sophie se considérait comme telle, n’ayant plus pratiqué la couture depuis des années. Après une dernière hésitation, elle décida de prendre un livre pour elle aussi, ayant craqué sur quelques modèles à la coupe vintage. Elle s’y essaierait une fois qu’elle aurait retrouvé la main.

Lorsqu’elle se leva, elle remarqua que la vendeuse se tenait légèrement en retrait.

Je peux vous aider, madame ?

Oui, s’il vous plaît.

Sophie ouvrit le livre pour enfants à la page qui montrait un sarouel pour bébés.

J’aimerais faire ce pantalon…

Très bien. Vous permettez ?

La vendeuse lui prit ses livres des bras et les déposa sur la table de coupe la plus proche.

Est-ce que vous avez une idée de ce que vous voulez comme tissu ?

Pas vraiment, avoua Sophie. Il y a des années que je n’ai plus touché à une machine à coudre, et je voudrais m’y remettre.

D’accord.

La vendeuse jeta un œil aux instructions du livre d’un œil expert et demanda :

Ce sera pour l’été ou pour l’hiver ?

Euh… pour l’hiver.

Dans ce cas il vous faudra du sweat… Suivez-moi.

Elle la conduisit près du comptoir.

Uni ou à motifs ?

Sophie réfléchit un instant, essayant de se rappeler comment Eva habillait Elias. Elle avait beaucoup vu le petit avec des pyjamas colorés aux motifs de nature, comme des animaux, des plumes ou des feuilles.

A motifs, décida-t-elle. Dans les tons de vert, si vous avez…

Heureusement il n’y en avait que deux qui répondaient à ces critères, sans quoi Sophie aurait eu du mal à choisir, tellement elle aimait quasiment tout ce que le magasin proposait.

Je vais prendre celui-là, dit-elle en désignant l’étoffe vert bouteille parsemées de renards aux grands yeux et de feuilles mortes.

Bien. Maintenant il faut trouver un bord-côte assorti pour coudre aux pieds et au ventre…

La vendeuse conduisit sa cliente vers une autre étagère.

Vous pourriez prendre le vert foncé pour qu’il se fonde avec le reste du pantalon, à moins que vous ne préféreriez contraster avec du orange ou du brun…

Ce disant, elle tenait les couleurs en question sur le tissu sélectionné par Sophie pour qu’elle puisse juger de l’effet.

Je vais prendre l’orange.

Très bien.

La vendeuse rangea les tissus écartés et emporta les autres vers la table de coupe. Jetant un œil au livre, elle coupa la longueur nécessaire avec grand soin, plia le tissu et reporta sa longueur et son prix sur une note prévue à cet effet.

Je vous conseille de les laver et de les passer au sèche-linge avant de coudre, si vous en avez un, pour être sûre que la taille du vêtement ne changera plus une fois lavé. Quelqu’unes de mes clientes ont déjà eu des mauvaises surprises…

J’y penserai, merci.

Il vous faudra autre chose ?

Sophie réfléchit. Elle avait envie d’acheter de quoi se faire une robe, et peut-être aussi deux ou trois pyjamas pour Elias, mais elle se raisonna. D’abord s’y remettre en douceur, voir si la couture lui plaisait autant que dans son souvenir (de cela, elle en était presque sûre), et puis revenir s’acheter de quoi réaliser un prochain projet. Après tout, le magasin ne risquait pas de disparaître, à en juger par la date inscrite en chiffres dorés sur la porte : Les ouvrages de Mademoiselle Louise, 1867.

Juste une bobine de fil vert, du papier pour les patrons, et puis ce sera tout, merci.

Tandis que la vendeuse emportait ses achats vers le comptoir, Sophie lui demanda :

Savez-vous où je pourrais acheter une machine à coudre ?

Si c’est un modèle simple que vous cherchez, nous en avons ici.

Elle passa derrière le comptoir et lui désigna une pile de boîtes que Sophie n’avait pas remarquée. Il s’agissait de machines à coudre Singer, la marque sur laquelle la jeune femme avait appris à coudre. Elle se fendit d’un sourire.

C’est parfait. J’en prends une.

Elles sont à 95€.

La vendeuse tapota sur la caisse antique, probablement d’origine, et annonça un montant à trois chiffres. Sophie sortit sa carte bancaire sans sourciller.

Pour vous remercier, vous pouvez choisir une pièce de tissu dans la boîte, offrit aimablement la vendeuse.

Sophie prit un tissu à fleurs qui lui plaisait, pensant s’en servir un jour pour décorer un tissu uni. Puis la vendeuse lui tendit la machine ainsi qu’un petit sac en papier en disant :

Nous organisons régulièrement des ateliers ici, je vous ai mis un prospectus dans votre sac, au cas où cela vous intéresse…

Merci.

Je vous en prie. Bonne soirée!

A vous aussi !

La vendeuse la raccompagna, lui ouvrit la porte, puis la referma derrière Sophie en tournant le petit panneau accroché au milieu de la vitre vers « fermé ». Déjà l’heure de la fermeture ! Sophie n’avait pas vu le temps passer !

Elle marcha à pas légers vers son appartement, situé à trois rues de là, monta allègrement les trois étages et déposa ses paquets dans sa chambre reconvertie en « pièce de Sophie ». Puis elle se débarrassa de ses ballerines et de sa veste avant de se diriger vers la cuisine pour manger un bout. Elle fut heureuse d’avoir pris le temps de laver une salade et coupé des légumes à l’avance, ainsi elle n’eut qu’à jeter quelques poignées d’ingrédients dans un grand bol qu’elle arrosa d’huile et de jus de citron pour avoir une salade composée prête en deux minutes. Son repas achevé, elle se rua dans sa chambre et, telle une gamine le matin de Noël, déballa fébrilement ses nouvelles acquisitions. Elle posa sa machine sur la table de verre ronde qui occupait un coin de la pièce, la brancha et, sans même jeter un regard au mode d’emploi, elle se fit une cannette puis enfila le fil supérieur, ébahie de voir la vitesse à laquelle ces choses lui revenaient. La couture devait être comme le vélo, pensa-t-elle, ça ne s’oubliait pas !

Sophie brûlait tellement de commencer qu’elle décida d’ignorer le conseil de la vendeuse (juste cette fois) et de se mettre directement à l’ouvrage. Par précaution, elle ferait le modèle une taille au-dessus, ce qui lui laisserait une marge de rétrécissement…

Elle ouvrit le livre pour enfants à la page du sarouel qu’elle avait repéré, sortit la planche de patron appropriée et entreprit de reporter et de découper le bon patron. Cela fut rapide, il n’y avait que trois pièces en tout. Puis elle mit le tissu plié en double, endroit sur endroit, sur la table, épingla son patron et découpa ainsi deux jambes. Elle fit de même avec le bord-côte et prit bien garde au sens des mailles pour couper dans la longueur élastique, comme son livre le conseillait. Elle jeta ensuite un rapide coup d’œil aux instructions et son visage s’éclaira lorsqu’elle se rendit compte qu’elle n’avait pas oublié comment monter un pantalon.

Elle découpa un carré de tissu dans la chute et fit quelques essais de points et de tension de fil, pour ne pas faire de bêtises. Appuyant avec régularité sur la pédale de la machine, Sophie était heureuse de constater à quel point tout ces gestes qui avaient été automatiques dans sa jeunesse lui revenaient vite. Quand elle fut satisfaite de ses points, elle entreprit de fermer les deux jambes de pantalon, puis elle en rentra l’une dans l’autre et piqua l’entrejambe. Elle s’attaqua ensuite aux bords-côte, les fermant tous les trois avant de les replier sur eux-même pour former un rouleau. Ceux des pieds étaient minuscules, ils tenaient à peine sur l’index et le majeur de Sophie, et les coudre ne serait sans doute pas chose aisée. Sophie retourna le pantalon sur l’endroit et s’attaqua à cette tâche délicate. Elle dut faire de nombreuses pauses pour pouvoir tendre uniformément le tissu élastique, mais du temps, elle en avait. Elle ne le voyait de toute façon plus passer. Le cliquetis des aiguilles et le vrombissement du petit moteur de la machine l’avaient fait tomber dans une sorte de transe bienfaisante, comme lorsqu’elle méditait en compagnie de Victorine. Sophie avait lu quelque part que ce phénomène était décrit sous le nom de flow, et c’était une sensation si agréable qu’elle espéra rester encore longtemps dans cet état. Malheureusement elle avait déjà presque fini. Il ne lui restait plus que le bord-côte ventral, qui fut plus facile à fixer. Sophie éteignit sa machine à regrets et prit le pantalon en main pour admirer le résultat. Une bouffée de fierté l’envahit. Tenir cet objet dans ses mains, cet objet qu’elle avait réalisé elle-même, la remplissait d’une satisfaction telle qu’elle n’en avait presque jamais éprouvé à son travail. Elle comprit instantanément tout ce qu’Eva lui avait expliqué durant son séjour, et elle rit en repensant au pouvoir de cette dangereuse question : « qu’aimais-tu faire quand tu avais dix ans ? »

Maintenant que Sophie avait terminé son projet, elle brûlait de recommencer. Elle se voyait déjà coudre toute la journée du lendemain, qui serait un samedi, après avoir passé au moins une heure dans la boutique qu’elle avait découverte. Elle mettrait son téléphone en mode « ne pas déranger » et passerait sa journée en tête à tête avec sa machine, même s’il faisait beau dehors. La couture allait sans doute devenir une drogue, elle en était consciente.

Comme il lui restait un peu de tissu et un morceau de bord-côte, elle feuilleta le livre à la recherche d’un petit projet et décida de coudre à Elias un bonnet assorti à son pantalon. Une rapide recherche sur internet lui permit de trouver la bonne taille, et là encore elle décida de couper le bonnet une taille trop grande au cas où il rétrécissait au lavage. Puis elle se mit joyeusement à l’ouvrage, et une heure plus tard, le bonnet terminé avait rejoint le pantalon. Sophie les contempla un instant en silence puis décida d’en faire une photo qu’elle envoya à Joséphine. Il fallait qu’elle partage son sentiment de fierté avec quelqu’un !

Elle fouilla ensuite dans sa commode et en sortit un joli papier cadeau. Elle emballa soigneusement les petits vêtements, pensant à la joie d’Eva en les déballant. Elle comprendrait la signification de ce cadeau…

La pensée d’Eva ramena inévitablement les souvenirs de son séjour chez elle, en particulier de cette fameuse nuit d’orage. Le cœur de Sophie se mit à battre plus vite lorsqu’elle revit le visage de Joschka danser devant ses yeux.

Elle avait voulu se réveiller à l’aube le lendemain matin et s’éclipser discrètement, mais elle avait dormi d’un sommeil de plomb et le soleil brillait depuis longtemps dans le ciel lavé et rafraîchi lorsqu’elle s’était réveillée. Joschka, déjà debout, lui avait préparé un délicieux petit déjeuner arrosé de latte macchiato (une boisson qu’elle ne dédaignait pas à l’occasion malgré sa nette préférence pour le thé vert), et finalement, elle était restée chez lui jusqu’en milieu d’après-midi. Il ne l’avait pas laissée tranquille avant d’avoir obtenu son numéro de téléphone (qu’il avait dûment testé avant qu’elle ne parte) ainsi que son adresse à Bruxelles. Il lui avait soutiré la promesse de la revoir avant son départ, promesse qu’elle lui avait accordée de grand cœur. Sophie avait très envie de le revoir elle-aussi, c’était juste qu’elle n’avait aucune envie de s’engager à nouveau dans une relation. Elle avait beaucoup pensé à Joschka depuis son retour, et à leur situation, et elle était arrivée à la conclusion qu’elle en retirerait le maximum de bonheur possible mais sans rien espérer pour l’avenir. Ainsi elle ne souffrirait pas si les choses coupaient court, du moins l’espérait-elle.

Elle avait fini par le quitter en début de soirée. Evidemment, Eva l’avait taquinée sur la longueur de sa course, mais sans trop insister, heureuse de voir les yeux de son amie pétiller de bonheur pour la première fois depuis son arrivée.

La veille de son départ, Sophie se rendit à pied à la maison à l’orée des bois pour faire ses adieux à Joschka. Une boule lui nouait la gorge lorsqu’il fut temps de le quitter. Elle se rendit compte qu’il lui manquait déjà, et elle n’avait aucune envie de rentrer à Bruxelles, d’autant qu’il lui restait quatre jours entiers à la maison avant de reprendre le travail.

Fais voir tes billets, dit Eva le soir.

Sophie les lui montra.

Il est encore possible de les échanger, tu sais. Si tu veux tu peux rester quelques jours de plus, ça ne nous dérange pas, au contraire !

C’est que, je ne voudrais pas abuser…

T’inquiète pas, tu es une invitée modèle, la rassura Heiko avec un clin d’œil.

C’est vrai ? Ben, merci alors ! Comment on fait pour les billets ?

Il faut aller au guichet de la gare. C’est encore ouvert, et je dois aller en ville de toute façon. Si tu veux, je peux m’en charger pour toi, proposa Heiko.

Merci ! dit Sophie.

Elle se retint de lui sauter au cou. Elle savait que de telles marques d’affection rendaient les Allemands parfois mal à l’aise.

Et puis si ça se trouve, tu ne vas plus nous déranger longtemps, de toute façon. Quand tu auras annoncé la bonne nouvelle à Joschka, je suis sûre qu’il t’invitera à rester une nuit chez lui.

Eva ne s’était pas trompée. Sophie lui avait fait la surprise de passer chez lui, et elle était aussitôt retournée chez son amie pour aller chercher sa valise. Ils avaient passé deux jours et deux nuits ensemble dignes d’une comédie romantique américaine. Le dernier jour, il l’avait raccompagnée à la gare, elle avait eu droit à de longs adieux sur le quai, et depuis son retour, ils se téléphonaient presque tous les jours. Il paraissait vraiment amoureux d’elle, et Sophie pensait tout le temps à lui. Elle essayait de s’en empêcher, ne voulant pas perdre le contrôle de ses sentiments, mais elle avait l’impression que c’était déjà trop tard. Même si sa tête lui disait de se méfier, son cœur appartenait déjà à Joschka.

Pourtant, elle aurait eu des raisons de se méfier. Il lui avait expliqué qu’il partageait sa vie entre cette maison, dont il avait hérité, et un minuscule appartement à Berlin qu’il louait. Elle n’avait pas pu s’empêcher de lui demander s’il menait une double vie et où étaient sa femme et ses enfants. Il avait démenti en riant, mais cela n’était pas la seule chose qui avait intrigué Sophie. Il s’était en effet montré très évasif sur son métier, se contentant de lui expliquer qu’il vivait de petits boulots, juste assez pour payer ses factures.

Et le reste du temps, qu’est-ce que tu fais ?

Oh, je viens ici pour me reposer au calme, pour lire surtout, et me promener. Ces boulots sont souvent assez intenses, et ça me fait du bien d’être un peu tout seul.

Sophie n’avait pas insisté. De toute façon elle n’avait pas l’intention de s’installer avec lui. Elle avait envie de profiter de l’instant présent et de son corps magnifique, elle devait bien l’avouer. Elle aimait aussi sa compagnie et le fait qu’il lui donnait l’impression d’être une déesse lorsqu’il la regardait de ce regard intense qui la faisait fondre. Non, ce que Joschka faisait dans la vie n’avait aucune importance, du moment qu’elle avait le droit de se réchauffer encore un peu en sa présence solaire.

D’ailleurs, ils se reverraient bientôt. Il avait promis de lui rendre visite le mois prochain, pour un week-end prolongé, et elle comptait se rendre à Wurtzbourg pour le week-end de la Toussaint. Elle ne savait pas encore si elle logerait chez lui ou si elle abuserait de l’hospitalité d’Eva à nouveau, mais la balance penchait en faveur de Joschka. Sophie sourit à la pensée qu’elle rendrait visite à son amie mais dormirait dans une maison visible de son balcon. Ce serait peut-être l’occasion de lui présenter « le mystérieux Joschka », comme Eva l’appelait. A moins qu’ils ne se soient déjà rencontrés entre-temps, la maison de Joschka se trouvant sur l’un des itinéraires de promenade préférés d’Eva, qui ne résisterait peut-être pas à la tentation d’aller frapper à sa porte pour se présenter… Sophie espéra qu’elle ne le ferait pas, n’aimant pas l’idée qu’ils pourraient avoir une relation en-dehors d’elle, même si elle n’était qu’amicale. Elle ne savait pas pourquoi elle ressentait cela, mais c’était ainsi.

Elle chassa ces réflexions déplaisantes et rangea le paquet cadeau dans un tiroir de sa commode. Elle l’emporterait lors de sa prochaine visite à Eva. Puis elle prit ses deux livres sous le bras, s’empara d’un carnet et d’un crayon et alla s’installer sur son canapé pour choisir quelques modèles à réaliser et faire la liste des fournitures dont elle aurait besoin. Elle s’amusait tellement qu’il était bien après minuit lorsqu’elle leva le nez de ses livres. Choquée par le chiffre qu’elle vit à l’horloge murale, elle qui était une couche-tôt, elle s’empressa de se déshabiller et gagna vite son lit douillet.

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