Aergad

– Aergad de Sigimond, pour vous servir, répondit le géant. Pardonnez ma mise, je descends tout juste de cheval. Mais j’ai cru comprendre que l’importance de cette réunion empêchait son ajournement malgré le deuil qui afflige ma famille. Aussi suis-je venu ici directement.

Il avait dit tout cela d’un ton courtois, mais tous remarquèrent le reproche adressé au duc. Cette insolence polie fit sourire Kataryn.

Conformément au protocole, tous les conseillers s’étaient levés pour souhaiter la bienvenue au nouvel arrivant, excepté le duc. Aergad les dépassait tous de la tête, et des épaules pour certains, ce qui fit se demander à Kataryn quelles origines il avait. Les gens de Rhyn étaient rarement aussi grands.

Kataryn se surprit à le dévisager. Elle le connaissait de réputation mais c’était la première fois qu’elle se trouvait en sa présence. Elle avait entendu dire que c’était un jeune homme plein d’entrain et de joie de vivre, et elle se demanda s’il arriverait à s’adapter à l’austérité de la cour de son père. En tout cas il risquait de faire tourner bien des têtes ! Même elle devait reconnaître qu’elle était séduite par ses cheveux blonds en bataille et le commencement de barbe qui lui mangeait le visage. Toute sa personne détonnait au milieu des coupes strictes des vêtements de deuil des conseillers et de leurs visages sérieux. Même couverts de poussière, les vêtements de voyage d’Aergad de Sigimond étaient plus élégants, bien que de coupe simple. Ils étaient agrémentés de boutons sculptés et de broderies sur le rabat des manches.

Un éclat métallique attira le regard de Kataryn quand Aergad tourna la tête vers le duc, et elle vit avec stupéfaction qu’il portait une magnifique boucle d’oreille. Le bijou de couleur argentée occupait tout son lobe droit et remontait un peu sur le côté de l’oreille, mais à cette distance, Kataryn ne put en distinguer les détails. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas vu d’homme porter un bijou à la cour, mis à part son père, dont la tête prématurément blanchie portait la couronne ducale. Le duc avait également conservé un torque d’or offert en présent de noces par sa femme Këtelyn et qui ne quittait plus son cou depuis la mort de la duchesse. Ce tragique événement avait fait basculer la brillante vie de cour dans la sobriété, d’abord par respect pour la peine du duc, puis par habitude. C’est pourquoi Kataryn n’arrivait pas à détacher les yeux d’Aergad, spectacle ô combien rafraîchissant et agréablement troublant.


Pour en apprendre plus sur Kataryn, c’est ici.

Pour connaître l’histoire de la boucle d’oreille que porte Aergad, c’est ici.

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