Appel à témoins

– J’attire votre attention sur le fait que le comte de Sigimond a qualifié son geste de « meurtre », releva Sigiberg.

– Je n’ai nullement dit une telle chose. Cessez de déformer mes propos, se défendit Aergad. C’est vous qui n’arrêtez pas de parler de meurtre. Moi je dis qu’il s’agit d’un regrettable accident. De plus, pour quelle raison aurais-je tué sire Théodebert ?

– C’est à vous de nous le dire, intervint le comte de Fyrtis.

Celui-ci n’avait jamais eu aucune sympathie pour Aergad, et Sigiberg sentit un allié en lui.

– Aucune, je vous assure, dit Aergad. Je vais épouser sa sœur. Or, ce mariage aurait été compromis si j’avais tué le frère de ma promise…

Cet argument mit le comte de Lothar définitivement de son côté. Il savait Aergad trop intelligent pour commettre pareille bévue. En revanche, le comte de Sigiberg rageait de piétiner ainsi. Il se tourna vers la comtesse de Rhymont, la seule qui ne s’était pas encore exprimée, en quête d’un peu d’aide. Elle suivait toujours ses positions, et Sigiberg espéra qu’une fois encore elle se rangerait dans son camp.

– Comtesse, que pensez-vous de tout ceci ?

La jeune comtesse croisa ses fines mains blanches avant de lancer d’une voix désinvolte :

– Je tiens à remarquer que le comte de Sigimond ne nous a toujours pas éclairés sur la présence de son épée dans le cercle d’une joute amicale.

Aergad tenta de ne pas céder au découragement.

– Je n’ai aucune explication à cela. Tout ce que je peux dire, c’est que si Théodebert était parmi nous, il pourrait vous assurer que je suis entré en lice avec une arme réglementaire.

– Malheureusement sire Théodebert n’est plus de ce monde pour confirmer vos dires. C’est bien commode, n’est-ce pas ? siffla Sigiberg avec malveillance.

– Assez ! intervint le duc. La mort de mon fils n’a rien de commode.

Sigiberg sentit qu’il était allé trop loin. Il s’inclina devant le duc.

– Toutes mes excuses, mon seigneur. Mon désir de justice me fait parfois dire des choses inappropriées.

Kataryn était au désespoir pour son fiancé. L’épée était la seule preuve de ses détracteurs contre lui, mais une preuve telle qu’il serait difficile de faire admettre son innocence au Conseil. Elle fit un rapide récapitulatif mental et se rendit compte que la plupart des conseillers étaient contre Aergad. C’est alors qu’elle eut une idée :

– Comte de Sigimond, qui vous a aidé à vous préparer avant d’entrer en lice ? demanda-t-elle d’une voix où perçait l’espoir.

– Mon écuyer.

– Et qui assistait mon frère ?

– Votre plus jeune frère, Clotaire.

Voyant où Kataryn voulait en venir, il sentit son cœur s’alléger. La jeune femme se tourna alors vers le duc :

– Père, je souhaite appeler ces deux garçons comme témoins.

– Qu’on les envoie chercher, approuva le duc.


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