Le témoignage des écuyers

Aergad donna le nom de son écuyer, et deux gardes partirent à la recherche des garçons. Le duc suspendit la séance en attendant, mais personne ne fut autorisé à sortir. Un silence pesant s’installa, durant lequel chacun passa en revue ce qui venait d’être dit.

Enfin les deux écuyers furent amenés devant le Conseil. Ils furent entendus séparément. Le duc souhaita commencer par interroger l’écuyer d’Aergad. Après s’être assuré qu’il s’agissait bien du garçon qui avait assisté Aergad le jour de la joute, il ne lui posa qu’une seule question :

– Quelle épée le seigneur Aergad avait-t-il pour entrer en lice ?

Le garçon ne répondit pas tout de suite, un peu effrayé d’être en présence de tous ces seigneurs et dames qui le fixaient.

– Une épée d’entraînement, finit-il par dire. J’en suis sûr. C’est moi qui la lui ai apportée.

– Merci, tu peux sortir.

– Je n’ai aucune confiance en ce témoin, fit la comtesse de Loberg. Il est évident qu’il défend son maître !

Quelques conseillers l’approuvèrent, ce qui mit Kataryn hors d’elle.

– Attendez de voir ce que dira mon frère avant de juger, dit-elle d’une voix tranchante.

On fit entrer Clotaire.

– Approche, mon fils.

L’adolescent, âgé de treize ans, fit quelques pas vers son père et se plaça à côté d’Aergad.

– Clotaire, as-tu vu l’arme du seigneur Aergad avant qu’il n’entre en lice ? lui demanda sa sœur avec douceur.

– Oui. C’était une lame émoussée, bien entendu.

– En êtes-vous sûr ? insista Sigiberg.

Clotaire sembla hésiter. Il plissa ses yeux noirs à la recherche de ses souvenirs.

– Oui, finit-il par dire.

– Merci, fit Kataryn avec un sourire de soulagement.

Clotaire s’inclina devant le Conseil et sortit.

– Je suggère que nous passions au vote, dit fermement Kataryn.

– Attendez une minute, la coupa Sigiberg. Ces témoignages ne nous disent pas comment l’épée de Sigimond s’est substituée à celle que les garçons ont vue.

– Très juste, l’appuya la comtesse de Rhymont.

– Je suis incapable de faire une telle chose, dit Aergad. Mes forces magiques ne me le permettent pas.

– Prouvez-le, lança la comtesse de Rhymont.

– Très bien. A mon sens, seules deux formes de magie ont pu substituer les épées. L’illusion ou la métamorphose.

La comtesse d’Aryem l’approuva d’un hochement de tête.

Or, continua Aergad, je suis un sorcier, pas un illusionniste. Et Dame Kataryn, qui me connaît intimement, comme chacun sait, peut vous assurer que mes pouvoirs ne me permettent pas de métamorphoser des objets.

– Il dit vrai, le soutint Kataryn. Je vous suggère donc de vous chercher un autre coupable, Sigiberg. A moins que vous ne teniez absolument à faire condamner un innocent afin de couvrir le vrai coupable…

La menace à peine voilée n’avait échappé à personne. Sigiberg n’avait plus le choix.

– Si vous êtes tous d’accord, nous pouvons passer au vote, dit-il à contrecœur.


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