Désir de vengeance

Aergad se réveilla en frissonnant. L’aube approchait, et il se rendit compte qu’il avait dormi plusieurs heures. Il espéra que Kataryn serait brûlée. Il ne voulait pas que sa bien-aimée ait froid, allongée seule sous la terre.

Elle était morte, et cela aurait pu être évité. S’il l’avait mieux protégée, elle serait encore en vie. Non, le vrai coupable, c’était le duc. S’il n’avait pas envoyé ses hommes à leurs trousses, Aergad n’aurait pas eu à la protéger. Le jeune homme constata qu’il était toujours résolu à tuer le duc. Il était conscient que cela ne ramènerait pas Kataryn, ni ne pourrait alléger sa peine, mais il avait besoin que quelqu’un paie. Le massacre des hommes du duc ne lui avait pas suffi.

Aergad se leva péniblement, et sortit le jeu donnant accès à la Voie des Portes de la poche de sa cape. Il les battit et prononça la formule. Quand les cartes eurent fini de tourner au-dessus de sa tête, l’une d’elle descendit en s’agrandissant. Aergad la franchit, et à l’issue du long couloir suspendu dans l’espace lumineux de la Voie des Portes, il se retrouva dans ses appartements. Bizarrement il ne s’y sentit plus chez lui. Mais tout avait changé depuis la dernière fois qu’il y était venu. Il n’était plus Aergad, comte de Sigimond. Cet homme était mort en même temps que Kataryn.

Il sortit et se dirigea d’un pas rapide vers les appartements du duc. Il était étrange pour lui de parcourir le chemin familier sans Kataryn.

Il entra sans cérémonie. Le duc était déjà debout. Il semblait ne pas avoir dormi de la nuit. Il dut dévisager Aergad quelques secondes avant de pouvoir le reconnaître. Il avait beaucoup changé. Le duc trouvait qu’il avait l’air d’un fou avec ses grands yeux enflammés enfoncés dans leurs orbites. Ses beaux cheveux blonds étaient maculés de sang. Le duc eut peur de lui.

Qu’est-ce que vous voulez, Sigimond ? demanda le duc d’une voix qu’il maîtrisa néanmoins parfaitement.

Vous annoncer que Kataryn est morte.

Le duc chancela.

Ma petite fille, murmura-t-il d’une voix faible.

C’est vous qui l’avez tuée, l’accusa Aergad. Rien de tout cela ne serait arrivé si vous l’aviez laissée m’épouser. Clotaire aurait régné sur le duché à votre mort, et jamais Kataryn n’aurait eu l’idée de s’enfuir avec moi.

Le duc ne chercha pas à cacher ses larmes. Aergad avait raison. Il était responsable de la mort de sa fille. Pourquoi avait-il fallu qu’il se comporte en tyran avec elle ? Il se sentit aussi anéanti que le jour où la sage-femme lui avait annoncé que Këtelyn n’avait pas survécu en accouchant de Clotaire.

Aergad s’avança, menaçant. Il dégaina son épée et la leva au-dessus de sa tête. Le duc ne chercha pas à se défendre. Aergad lui trancha la tête d’un coup sec. Quand il se retourna, il vit Clotaire, les larmes aux yeux.

Pourquoi ? cria-t-il.

C’est à cause de lui que Kataryn est morte, répondit Aergad d’une voix brisée.

Non, c’est à cause de moi. Je lui ai dit où vous étiez partis. Sans moi ils ne vous auraient pas retrouvés, réalisa Clotaire avec horreur.

Aergad s’approcha de l’adolescent, sentant sa rage monter. Il avait l’impression que tous avaient sciemment orchestré leur perte, à Kataryn et à lui.

Mon père était tellement inquiet depuis la disparition de ma sœur que j’ai voulu le rassurer, se justifia-t-il précipitamment. Je vous ai vus partir par une porte magique, alors j’ai cru que vous étiez déjà en sécurité. Quand j’ai réalisé que ce n’était peut-être pas le cas, il était trop tard. Mon père avait déjà envoyé ses hommes. J’ai essayé de l’en empêcher, mais il ne m’a pas écouté. Je ne voulais pas faire de mal…


Pour rester avec Aergad et Clotaire, c’est ici.

Pour connaître les événements dont Clotaire parle, suivez les liens dans le texte.

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