Les remords du duc

Harald de Rhyn était seul. Plus seul qu’il ne l’avait jamais été. Il avait renvoyé ses serviteurs, Clotaire était parti lui aussi, ainsi que sa garde. C’était la première fois qu’il se trouvait ainsi sans protection, mais cela lui importait peu. Il avait fait une chose terrible, une chose dont il ne pouvait plus empêcher les conséquences. Il était trop tard. Le capitaine de la garnison était parti, monté sur les chevaux les plus rapides. Personne ne pourrait le rattraper, pas même le messager porteur des contre-ordres qu’il avait envoyé lorsqu’il s’était rendu compte de ce qu’il avait fait.

Alors le duc se prit à espérer que Kataryn réussirait à gagner l’Ile Inaccessible avec Aergad. Qu’ils pourraient ainsi vivre leur amour en paix. Le duc avait été trop dur avec eux. La mort de sa chère Këtelyn n’avait fait qu’aggraver la prédominance à la sévérité qu’il portait en lui. Il aurait dû se laisser adoucir par son fils. Le duc était heureux que ses enfants au moins n’aient pas hérité de son caractère.

Harald de Rhyn faisait les cent pas. Il attendait des nouvelles. Le temps passa, il en perdit toute notion. De temps en temps il ranimait le feu. De temps en temps il se levait du fauteuil dans lequel la fatigue l’avait précipité. Pourtant il se refusait le sommeil. Il attendait des nouvelles.

Le soleil se leva. Enfin, le duc entendit des pas. L’espoir refleurit en lui. Pourvu que son capitaine soit rentré bredouille ! Puis la peur le saisit : il était trop tôt pour cette nouvelle-là.

Il leva les yeux. Aergad, une lueur de folie dans le regard, fit son entrée dans ses appartements. Au fond de lui, le duc sut ce que le jeune homme allait dire. Et il sut qu’il allait mourir. Aergad le délivrerait du tourment dans lequel il s’était lui-même jeté.

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