NaNo2017 : 3

Sophie trépignait. Le train n’avait que cinq minutes de retard, pourtant elles lui parurent interminables. Enfin l’élégant ICE blanc glissa le long de la voie et s’immobilisa presque silencieusement. Les portes coulissèrent, et les voyageurs commencèrent à descendre les uns à la suite des autres, sans se bousculer. Certains se mettaient à courir le pied à peine posé sur le quai, sans doute pour pouvoir attraper leur correspondance.
Tournant la tête de droite à gauche, elle finit par repérer celle qu’elle cherchait dans le flot des voyageurs.
– Joséphine ! s’écria-t-elle joyeusement en faisant des grands gestes dans sa direction.
Joséphine s’empressa de rejoindre sa cousine. Arrivée près d’elle, elle laissa tomber son sac de voyage fleuri pour pouvoir mieux serrer Sophie contre elle. Les deux jeunes femmes s’embrassèrent les joues et se sourirent.
– Tu es magnifique, mon petit lutin ! la complimenta Sophie. Comme toujours l’amour te réussit !
– Mon petit lutin ! Ça faisait longtemps qu’on ne m’avait pas appelée comme ça !
C’était le surnom que Sophie donnait à Joséphine lorsqu’elles étaient enfants. A l’époque elle ressemblait vraiment à un lutin. Elle était petite pour son âge, avait une peau naturellement dorée, des yeux noirs malicieux et des petites dents pointues. Elle n’avait pas beaucoup changé. Joséphine n’était toujours pas bien grande et elle avait toujours son air de lutin. Par contre, son corps fin était très musclé. Même si elle n’en avait pas l’air sous ses airs d’elfe fluette, Joséphine était la personne la plus forte que Sophie connaissait. Elle avait même battu François au bras de fer alors qu’elle avait déjà bu quelques verres et que des fous rires intempestifs affaiblissaient son bras. Il fallait dire qu’elle était une adepte de CrossFit depuis des années…
– Je suis tellement contente de te voir, tu ne peux pas savoir ! s’écria Sophie.
– Moi aussi ! En tout cas c’est gentil d’être venue me retrouver à Liège !
Joséphine était en route pour Amsterdam, où elle comptait retrouver son copain du moment, un hollandais du nom de Stijn qu’elle avait rencontré dans son magasin. Joséphine était fleuriste à Lille, un métier qui lui allait bien, et Stijn, touriste perdu, était entré dans sa boutique pour lui demander un renseignement. C’était presque l’heure de la fermeture, et elle avait bien vu qu’elle lui plaisait, alors elle lui avait proposé de l’accompagner. Maintenant que Stijn était rentré chez lui, elle lui rendait visite. Elle était consciente qu’ils n’avaient aucun avenir ensemble, leurs vies étant tellement éloignées l’une de l’autre, mais cette histoire lui aurait au moins permis de visiter Amsterdam. Et puis, Stijn était d’agréable compagnie et elle voulait en profiter aussi longtemps que possible. Toujours est-il qu’en réservant son billet de train, elle avait prévu deux heures de correspondance à Liège. Sophie préférait la retrouver là-bas qu’à Bruxelles. Elle avait besoin de changer d’air.
– Ça me fait plaisir de revenir ici, dit Sophie.
Elle s’empara du sac de Joséphine et les deux jeunes femmes sortirent de la gare.
– Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Sophie. On prend le bus pour aller en centre-ville ou on se pose en terrasse ?
En face de la gare s’alignaient plusieurs bars, restaurants et cafés.
– Allons là-bas, dit Joséphine en désignant une brasserie du menton. Je mangerais bien quelque chose.
Elles s’installèrent à une petite table libre. La terrasse était bondée. C’était le début de l’été, et en ce samedi après-midi ensoleillé, les gens étaient heureux d’être assis dehors après avoir été enfermés toute la semaine.
Joséphine jeta un coup d’œil à la carte.
– Ah, justement ce dont j’avais envie ! fit-elle.
Elle referma la carte aussi sec et attendit qu’un serveur veuille bien prendre leur commande.
– Tu m’étonnes, remarqua Sophie. D’habitude, tu analyses la carte en détail et c’est toujours moi qui finit par choisir pour toi !
– Je sais. Mais ne me demande pas pourquoi, ça fait des jours que j’ai envie d’une choucroute.
– D’une choucroute ?! Par ce temps-là ?
– Et pourquoi pas ? En plus, je n’ai pas mangé à midi. J’ai faim !
Le serveur arriva sur ces entrefaites. Il réprima tant bien que mal un sourire en notant le souhait de Joséphine. Il ne tarda pas à revenir déposer un thé vert devant Sophie et une imposante assiette de choucroute garnie devant Joséphine.
– C’est trop drôle, il faut vraiment que je te prenne en photo ! s’écria Sophie.
La vue de Joséphine, avec sa petite coupe boule, ses immenses lunettes de soleil à la Audrey Hepburn et sa robe fleurie à volants attablée devant le plat que Sophie ne mangeait pratiquement qu’au Nouvel An était tout simplement irrésistible.
Sophie sortit son téléphone et immortalisa cet instant.
– Je te l’enverrai si tu veux !
– D’accord. Il faudra aussi qu’on prenne une photo de nous deux.
Joséphine s’attaqua à sa choucroute avec un plaisir évident.
– Alors, quoi de neuf ? fit-elle entre deux bouchées.
– Oh, la routine, tu sais bien…
Joséphine posa sa fourchette et prit la main de Sophie.
– Pas de ça avec moi, ma chérie. Je te connais par cœur, et je ne suis pas aveugle. Je vois bien que ça ne va pas fort depuis quelques temps…
Le sourire enjoué de Sophie disparut, et des larmes lui montèrent aux yeux. C’était le moment qu’elle avait redouté et espéré tout à la fois, la véritable raison pour laquelle elle avait tenu à voir sa cousine à Liège et pas chez elle. Joséphine était sa meilleure amie depuis toujours, et la seule à qui elle pouvait envisager d’ouvrir son cœur pour décharger le trop plein de désespoir qui s’était insidieusement accumulé au fil des mois.
– Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Le boulot… ou François ?
A voir la grimace de Sophie, elle comprit qu’elle avait visé juste. Elle s’en doutait, Sophie lui avait déjà fait de vagues allusions à ce sujet au téléphone, mais elle n’était pas rentrée dans les détails. François devait probablement être dans les parages, ou peut-être qu’elle ne voulait pas craquer lorsqu’elle était seule, sans personne pour la consoler…
Sophie défit sa queue de cheval et ébouriffa ses cheveux de façon à cacher un peu son visage et remit ses lunettes de soleil. Elle sentait les larmes venir et n’avait aucune envie que leurs voisins de table ne profitent du spectacle.
– Je ne sais plus où j’en suis, avoua-t-elle. Ça fait des mois qu’on ne redescend plus de nos montagnes russes. Il me tape sur les nerfs, je lui tape sur les nerfs, on s’engueule, on s’évite, puis il se passe un truc touchant ou on se rappelle des bons souvenirs et tout à coup tout va bien pour un temps, jusqu’à la prochaine engueulade. Et on repart pour un tour. Je… je n’en peux plus. Je ne sais pas combien de temps je vais encore tenir…
Joséphine lui serra les doigts sans rien dire. Sophie avait besoin de parler, elle interviendrait après, si cela avait une quelconque utilité. En tout cas elle ferait de son mieux pour la réconforter. Sophie était une véritable sœur pour elle, et elle souffrait de la voir si malheureuse.
– Je ne sais plus sur quel pied danser. Hier soir encore il était adorable quand je suis rentrée du boulot. Il avait cuisiné, on a bien parlé et rigolé un peu, puis je vais prendre ma douche et quand je sors de la salle de bain et que je vais près de lui pour l’embrasser, il m’a repoussée ! J’imagine qu’il devait être de mauvais poil à cause de sa thèse, pour changer ! Il avait dû recevoir un mail de son maître de recherches qui ne lui a pas plu, mais moi, je n’y suis pour rien ! Pourquoi je serais punie pour des problèmes qui ne regardent que lui ? Et même ça, tu vois, je n’ose plus lui en parler, ou je me fais traiter d’égoïste. Tout ça parce que je ne le materne pas ! Il a l’air d’attendre de moi que je prenne tout son quotidien en main, pour que monsieur le libre-penseur puisse diriger son énergie créatrice vers sa thèse et pas vers son gagne-pain ou le ménage mais merde, je ne suis pas sa mère ! Et lui, il s’occupe de moi, peut-être ?
Sophie retira sa main de celle de Joséphine pour essuyer ses joues. Elle sortit un mouchoir de son sac à main de cuir rouge et épongea son mascara avant qu’il ne lui donne des airs de panda avec un œil au beurre noir.
– Et tu veux que je te dise ? Mais tu gardes ça pour toi, hein ?
Joséphine promit.
– Je suis tellement fatiguée de me faire régulièrement repousser que je ne tente plus aucune approche. Résultat, je ne sais même plus vraiment depuis combien de temps on n’a plus fait l’amour. Je me sens asséchée, affectivement parlant. Et le pire, c’est qu’on ne se montre plus aucune tendresse. On ne se promène plus main dans la main, on ne s’embrasse presque plus. Je sais que c’est en partie ma faute, que je ne devrais pas baisser les bras, mais la distance s’installe et je suis trop lasse pour la combler. Je n’en peux plus, je ne sais plus quoi faire. Rester, ou… ou partir ?
Sa voix s’étrangla et ses larmes se remirent à courir de plus belle. Joséphine lui caressa doucement le bras, attendant qu’elle se ressaisisse.
– Dis, Jo, qu’est-ce que je dois faire ?
– Ce n’est pas à moi de te le dire. En tout cas, quelque chose doit changer.
– Je sais. Je devrais m’en aller, seulement… j’ai du mal à imaginer la vie sans lui… Au fond je l’aime encore à la folie, sinon je ne souffrirais pas autant, tu ne crois pas ?
– Je ne sais pas, avança prudemment Joséphine. Il se pourrait que tu aimes encore le François du temps de Liège. Mais votre situation a changé, vous ne vivez plus tout à fait la même vie… Il est normal que votre relation se transforme aussi. Si vous arrivez à réparer ce qui peut l’être et à repartir sur de nouvelles bases, vous avez une chance de retrouver le bonheur.
– Il faut être deux pour ça, et je ne suis même pas sûre que François en ait envie, renifla Sophie. Je n’arrive plus à savoir ce qu’il pense ou s’il m’aime encore. La vérité, c’est que je ne le comprends plus, ni lui, ni ses réactions…
Joséphine était tellement triste pour Sophie ! Elle qui avait toujours admiré le couple si soudé qu’elle formait avec François, elle était sidérée de voir à quel point leur situation s’était dégradée. Si ça se trouve ils ne seraient même plus ensemble la prochaine fois qu’elles se verraient ! Les larmes lui montèrent aux yeux à cette pensée, mais elle les refoula. Elle était là pour aider Sophie, pas pour se faire consoler…
– Viens par là, ma belle, dit-elle en s’agenouillant près de sa cousine et en attirant sa tête sur son épaule.
Enfin, Sophie se laissa complètement aller aux larmes. Le moustachu assis à la table d’à côté les observait avec curiosité, mais Joséphine le regarda bien en face et il détourna la tête. Cela servit d’avertissement aux autres curieux. Joséphine caressa doucement le dos de Sophie jusqu’à ce qu’elle se calme. Puis elle regagna sa place et observa Sophie qui se mouchait.
– Ça va mieux ?
– Oui, merci.
Elle se sentait vidée et apaisée à la fois.
– Ma pauvre, je t’ai empêchée de manger alors que tu avais faim, dit Sophie avec un sourire un peu forcé.
– Ne t’en fais pas pour moi, j’ai encore le temps de finir, et même de prendre un dessert !
Elles se partagèrent un délicieux cheesecake speculoos-framboise, puis elles se hâtèrent de régler l’addition. Sophie raccompagna Joséphine jusqu’à son train.
– Merci encore de m’avoir écoutée, ça m’a fait beaucoup de bien !
– Je suis heureuse d’avoir pu t’aider un peu.
Sophie prit Joséphine dans ses bras et la serra longuement contre elle.
– A bientôt, j’espère !
– Passe me voir à Lille un de ces jours !
– Promis !
Les portes automatiques se fermèrent et le train partit. Sophie changea de voie et attendit que le prochain train pour Bruxelles la ramène chez elle.

NaNo 2017 : 2

François pianotait furieusement sur son clavier, heureux que l’inspiration l’ait enfin trouvé. L’eau de son bain avait refroidi depuis longtemps, mais il n’en avait cure. Il ne ferait plus un geste tant qu’il n’aurait pas terminé de dérouler le fil rouge de ses pensées. Il avait enfin trouvé l’élément de transition qu’il cherchait pour articuler deux arguments paraissant contraires à première vue. L’humidité ambiante avait éteint sa cigarette roulée, mais François la garda tout de même au coin des lèvres. Il s’en grillerait une en peignoir sur le canapé, savourant sa victoire sur une paralysie mentale récurrente dont le dernier épisode avait duré presque toute la semaine. Mais comment voulaient-ils qu’il réfléchisse, avec toutes les attentes et choses à faire qui pesaient sur lui ? Entre Pascale, la prof de droit européen qui lui avait demandé de préparer des modules pour les étudiants de master, les étudiants, encore eux, qui écrivaient à Pascale pour savoir quand ils pourraient avoir leurs notes d’examen et à qui il devait répondre, et Sophie, qui ne cessait de le harceler pour qu’il avance dans sa thèse, il n’avait pas un instant de repos pour que des idées ou des connexions naissent. Comme s’il suffisait de s’asseoir à un bureau, une page de traitement de texte ouverte, pour que les mots se tapent d’eux-même !

Bien sûr, il était facile à Sophie de le juger. Elle était de ces rares personnes pour qui justement s’asseoir à un bureau, une page de traitement de texte ouverte ou une pile de documents à compulser devant soi fonctionnait ! Il avait bien vu avec quelle facilité apparente elle s’était organisée pour terminer son mémoire en temps et en heures, et il en avait été jaloux, il fallait bien se l’avouer ! Mais lui n’était pas ainsi. Avec lui, c’était tout ou rien. Ou il avait besoin de la pression monstre d’une date butoir imminente pour faire ce qu’on attendait de lui, au risque de souffrir de déplaisantes conséquences, ou il lui fallait une liberté d’esprit totale, un environnement où la seule chose dont il aurait à se préoccuper serait l’avancement de sa thèse, loin des corvées du quotidien.

Il entendit les clés jouer dans la serrure, et François se crispa. Un court instant, il espéra qu’une scène lui serait épargnée, mais il ne se faisait pas vraiment d’illusion. Il était censé aller faire les courses pendant que Sophie était à son cours de yoga, mais il avait traîné toute la matinée, obsédé par le problème de la fameuse transition qu’il venait de trouver.

Sophie frappa à la porte et il lui permit d’entrer d’un grognement, les yeux fixés sur l’écran, ne voulant pas perdre le fil de sa pensée. Elle l’embrassa sur le front et le nez mais il la repoussa négligemment.

Ça fait plaisir ! fit-elle, piquée.

Le son de sa voix fit éclater la bulle de concentration dans laquelle il baignait, et il referma violemment son ordinateur, mécontent.

Tu ne vois pas que je suis occupé ?

Tu pourrais au moins me dire bonjour ! On ne s’est pas encore vus aujourd’hui !

François soupira et fit un effort pour maîtriser son irritation. Il savait qu’elle avait raison, mais comment lui faire comprendre qu’elle était arrivée comme un cheveu sur la soupe sans la vexer encore plus ? Il rendit les armes, sachant à l’avance comment ce genre de discussion allait finir. Ils en avaient eu assez de cette sorte les mois précédents pour qu’il ait appris à reconnaître les signes avant-coureurs d’une dispute. Il posa donc son netbook sur le bord de la baignoire avant de sortir de son bain. Il remarqua avec plaisir l’étincelle dans le regard de Sophie lorsqu’elle le vit nu et prit donc tout son temps pour enfiler son peignoir. Ce regard ourlé de longs cils, ce sourire émoustillé lui rappelèrent la Sophie du road trip d’il y avait trois ans, lorsqu’ils avaient pris un bain de minuit sur la plage de San Simeon. Il fut pris d’un élan d’amour à ce souvenir et enlaça étroitement Sophie, une main cherchant la chaleur de sa peau sous son T-shirt moulant, l’autre s’enfouissant dans ses cheveux relâchés. Sophie glissa ses mains dans le peignoir et embrassa François comme il y avait longtemps qu’elle ne l’avait fait. C’était si bon de se retrouver ! Pourquoi avaient-ils eu l’impression d’être si loin l’un de l’autre, déjà ? L’amour était toujours là, bien vivant, ne demandant qu’à être ravivé. Peut-être que c’était là leur problème ? Ils n’entretenaient pas suffisamment la flamme ?

François retourna Sophie et se pressa contre son dos. Ainsi ils pouvaient se contempler dans le miroir en pied. Il entreprit alors de la déshabiller en couvrant sa peau dénudée de petits baisers à peine effleurés. Elle ferma les yeux et rejeta la tête en arrière sur le torse de François, dans l’attente impatiente de ce qui allait suivre. Elle ne fut pas déçue, bien au contraire.

Comblés, ils se laissèrent glisser dans un même élan sur le peignoir qui avait atterri en boule par terre, et Sophie se lova entre les genoux écartés de François, prit d’autorité un bras qu’elle enroula autour de son ventre et s’appuya contre son torse. Elle avait l’air tellement bien que François se dit qu’il pouvait risquer de s’allumer une cigarette. De sa main libre, il attrapa le paquet sur le bord de la baignoire et en sortit une roulée et un briquet. Il l’alluma, toujours d’une seule main, et en tira une longue bouffée sans que cela n’éveille aucune protestation de la part de Sophie. Etonnant ! Peut-être qu’il devrait lui faire l’amour plus souvent, et leur vie à deux en serait facilitée. Il rejeta cette pensée à la seconde même où elle apparaissait dans son esprit. Il était un homme libre, et s’il avait envie de fumer ou de faire quoi que ce soit d’autre, il le ferait, que ça lui plaise ou non. Il termina sa cigarette, légèrement contrarié. Sophie se releva avec souplesse, et il en profita pour admirer la grâce de ses mouvements. Il adorait la voir bouger, surtout dans les moments comme celui-ci où elle paraissait ne pas avoir conscience d’elle-même.

J’ai un creux, je vais grignoter un petit quelque chose, fit-elle en rassemblant ses vêtements.

Aïe, fin de la parenthèse romantique, se dit-il amèrement. Il se leva et enfila son peignoir avec des gestes las. Il entendit la porte du frigo s’ouvrir et son estomac se noua.

On n’a rien à manger ! s’écria Sophie. Tu avais pourtant dit que tu irais faire les courses !

J’ai bossé sur ma thèse, se justifia François d’une voix forte.

Sophie referma la porte du frigo plus violemment qu’il n’était nécessaire et maugréa :

Génial, je vais devoir me taper le supermarché bondé un samedi matin…

Elle empoigna son sac à main et remit son manteau.

Attends deux minutes, je vais y aller, tenta-t-il.

Pas la peine, tu n’as qu’à t’habiller pendant ce temps, ce sera déjà pas mal !

François fut blessé par le son de sa voix. Il n’était clairement pas à la hauteur, et la condescendance de Sophie l’énerva. Il n’avait pas besoin qu’elle l’enfonce encore plus, il se sentait déjà assez nul comme ça ! Et encore, cela aurait pu être pire ! Sans l’action conjuguée du cours de yoga et de leur intermède amoureux dans la salle de bain, elle se serait sans doute montrée beaucoup plus méchante. Sophie pouvait se montrer vraiment blessante lorsqu’il la décevait. Elle le connaissait si bien qu’il ne lui était pas difficile d’appuyer là où ça faisait mal. Mais pour être tout à fait honnête, il le lui rendait bien, dans ces moments-là.

Sophie claqua la porte, et François se retrouva seul, debout en peignoir dans le couloir encombré de chaussures. Il déambula de pièce en pièce puis finit par s’arrêter dans la cuisine. Il ouvrit le frigo et scruta les étagères dégarnies avant de tourner son attention vers les placards également peu fournis puis vers le congélateur, presque vide lui-aussi. Il aurait vraiment dû aller faire les courses. Qu’il avait été con, il savait que ça allait forcément provoquer une dispute ! Et dire qu’ils avaient été à deux doigts de passer un week-end en amoureux et pas en collocs, comme quand ils venaient d’emménager dans l’appartement et qu’ils découvraient ensemble la forêt de Soignes !

Il sortit un reste de soupe de potiron du congélateur. Cela ferait une entrée acceptable. Avec les deux œufs qui se battaient en duel dans la porte de frigo, la noix de beurre qui menaçait de rancir à tout moment et la boîte de champignons de Paris qu’il trouva au fond du placard (il vérifia au passage qu’elle n’était pas périmée, Sophie étant sensible à ce genre de détails), il bricola une omelette à sa façon, l’une de ses spécialités. Il lava et débita les légumes esseulés et tronqués que personne n’avait voulu finir ou prendre la peine de cuisiner cette semaine-là et les transforma en une salade composée des plus originales. En jetant un coup d’œil à l’effrayante pendule en forme de chat qui avait l’air de tout suivre des yeux bougeant au rythme du tic-tac de sa queue, il vit que Sophie était déjà partie depuis presque trois-quarts d’heure. Il fila s’habiller et se dépêcha de mettre la table en prenant soin de choisir leur plus belle vaisselle qu’il disposa sur une nappe. Il plia les serviettes assorties en éventail dans les verres et déboucha une bouteille de Côtes du Rhône. Il envisagea d’allumer leurs chandeliers de cristal puis se ravisa. Un dîner aux chandelles à une heure de l’après-midi ? Il ne fallait tout de même pas exagérer. Il regrettait son comportement, mais ce n’était pas comme si ce qu’il avait fait avait été vraiment grave.

Lorsqu’il entendit le pas de Sophie dans les escaliers, il alla à sa rencontre pour la décharger de ses sacs. Il lui servit un verre de vin et rangea les courses pendant qu’elle prenait tranquillement l’apéritif. Quand il eut terminé, il s’assit avec elle et ils trinquèrent, un peu guindés. Puis François les servit et ils mangèrent. Arrivés aux légumes en salade et à l’omelette, Sophie prit la main de François.

Je me suis trompée, dit-elle. Il y avait bien à manger à la maison.

François apprécia l’effort qu’elle faisait, en réponse à sa propre tentative de réconciliation. Aussi il ne lui fut pas trop difficile de s’excuser.

Je suis désolé, dit-il. J’aurais dû aller faire les courses avant que tu ne rentres, ça t’aurait évité la cohue…

Ce n’est pas si grave. Et puis, tu t’es bien rattrapé !

Elle leva son verre de vin dans sa direction, et ils trinquèrent à nouveau.

A nous !

Ils se montrèrent vigilants le reste du week-end, évitant sciemment certains sujets et cherchant à préserver la bonne ambiance si chèrement gagnée. Elle s’était faite rare ces derniers temps, et Sophie comme François étaient conscients de sa fragilité. Lorsqu’ils se couchèrent le dimanche soir, ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, heureux d’avoir retrouvé un semblant de l’harmonie qui leur avait été si naturelle des années durant.

NaNo 2017 : 1

Sophie soupira avant de se replonger dans son travail. Elle répondit à quelques emails avant que sa concentration ne faiblisse à nouveau. Il fallait dire qu’elle avait la chance de disposer d’un minuscule bureau avec fenêtre qu’elle partageait avec deux collègues, et que la brise printanière lui chatouillait le nez. Evidemment, les bruits de la circulation lui parvenaient également, mais la jeune femme arrivait à les occulter. La force de l’habitude, sans doute. Par contre, difficile d’ignorer les arbres se couvrant de bourgeons, le ciel bleu limpide et le vent qui avait tiédi pour la première fois cette année.
L’hiver avait été long, très long. Les années précédentes, Sophie avait profité des joies uniques de la saison froide. Elle prenait plaisir à rester au chaud chez elle, sur son canapé tapissé de coussins, avec un bon livre et un thé vert fumant à portée de main. Quand François était à la maison, il posait sa tête sur ses genoux, lui aussi plongé dans un roman. Parfois ils se faisaient la lecture, et Sophie appréciait tout particulièrement ces moments. Le dimanche, ils faisaient des balades en forêt, main dans la main, les joues rougies par le froid, le sourire aux lèvres. Quand le ciel s’assombrissait, ils rentraient, prenaient une douche brûlante, se cuisinaient un bon petit plat qu’ils dégustaient devant un film. Ils le choisissaient à tour de rôle, c omme ça, pas de disputes !
Mais cet hiver-là avait été différent. Les seuls moments de paix relative qu’elle avait connus, c’était quand François était absent, à peu d’exceptions près. Et encore, lorsqu’elle se rendait compte qu’elle était mieux sans lui, et que son humeur se dégradait dès qu’il était de retour, elle se torturait l’esprit, cherchant à savoir comment ils avaient pu en arriver là. Tout avait pourtant si bien commencé entre eux !
Comme beaucoup de leurs amis, Sophie et François s’étaient rencontrés sur les bancs de l’université, sept ans auparavant. Ils étaient assis côte à côte dans l’amphithéâtre lors de la journée de bienvenue aux nouveaux inscrits et ne s’étaient plus quittés ensuite. Cela avait été le coup de foudre immédiat entre les deux étudiants en sciences politiques.
Il y avait d’abord eu l’attirance physique. François avait été hypnotisé par l’étrange beauté de Sophie. Il n’avait jamais vu de visage aussi saisissant. A première vue, il paraissait anguleux et large à la fois, à cause des pommettes saillantes et de la forme carrée de la mâchoire. Ce visage aurait été sans grâce s’il n’y avait pas eu les yeux verts en amande, presque bridés, pour lui donner un air mystérieux. Des yeux de chat, comme François les avait tout de suite appelés. Féline, Sophie l’était, peut-être de par sa pratique du yoga. Quand elle marchait, on aurait dit qu’elle se coulait dans l’espace. Même lorsqu’elle rejetait ses longs cheveux auburn en arrière, son geste était fluide et mesuré et n’avait rien de brusque.
Sophie quant à elle avait tout de suite aimé l’air viking de François, air qui s’accentuerait quand la mode hipster lui ferait pousser une barbe rousse fournie qu’il soignerait avec le plus grand soin. Lorsqu’ils s’étaient embrassés pour la première fois, elle s’était sentie en sécurité, enveloppée de ses longs bras. Elle avait posé sa tête sur sa large poitrine, l’oreille collée à l’endroit exact où battait son cœur. Ils s’enivraient l’un de l’autre dès qu’ils le pouvaient, sans se lasser de s’observer mutuellement, de s’admirer, de s’étonner de leur chance qu’une personne aussi séduisante puisse s’intéresser à eux.
Puis était venue l’entente intellectuelle. Entre deux étreintes ils parlaient d’eux-mêmes, voulant tout savoir l’un de l’autre, depuis le premier souvenir d’enfance jusqu’à ce jour radieux où le hasard (qu’ils se plaisaient parfois à appeler destin) les avait placés côte à côte sur un banc en plaqué hêtre dans un amphithéâtre bondé. Ils étaient confondus de plaisir en découvrant leurs points communs et leurs visionss d’avenir, compatibles, et trouvaient leurs différences rafraîchissantes et enrichissantes. Ils faisaient des projets, dont certains deviendraient réalité, comme leur road trip sur la côte ouest des Etats-Unis, l’un de leurs plus beaux souvenirs, d’autres resteraient dans le tiroir des jolis rêves, telle que la retraite dans une ashram indienne, à laquelle François avait consenti par amour pour Sophie mais de laquelle il n’avait au fond pas envie.
Au bout d’un an ils s’étaient installés ensemble dans un studio, un kot, comme on dit à Liège, la ville où ils faisaient leurs études. La vie à deux leur était douce, ils ne se disputaient pour ainsi dire jamais, sortaient souvent en amoureux, se montraient tendres l’un avec l’autre, ne tarissant pas d’éloges l’un sur l’autre, à tel point que leurs amis se moquaient gentiment d’eux, leur enjoignant d’arrêter leurs mièvreries. Quatre ans s’étaient ainsi écoulés, et ils avaient obtenu leur master avec de bonnes notes, Sophie portée par ses immenses réserves d’autodiscipline, François armé de sa seule volonté d’être à la hauteur de sa partenaire. Très rapidement, Sophie avait décroché un emploi à l’Union Ecologiste en Faveur d’un Développement Durable (UEFDD pour les intimes), un lobby pour lequel elle avait effectué un stage pendant ses études. Ils avaient donc déménagé à Bruxelles, où François avait décroché un poste d’assistant à l’université, dans la chaire des relations internationales. Il avait décidé de poursuivre ses études et de travailler sur une thèse de doctorat qui s’intéressait aux possibilités d’influence au niveau européen des entités fédérées des Etats membres. Un sujet qui l’intéressait réellement, même s’il avait souvent du mal à s’y plonger, victime à tour de rôle de la grande liberté dont il jouissait et de la pression dans les moments où il devait rapporter ses progrès. Il s’attelait alors jour et nuit à son travail et rien d’autre ne comptait.
Plus Sophie y pensait, plus elle se disait que c’était là que leur relation avait commencé à s’effriter. Seulement le processus avait été si insidieux qu’elle ne s’était rendue compte de rien jusqu’à cet hiver.
– Sophie, tu rêves ?
Cela faisait un moment que Thomas, son collègue, l’observait, appuyé au chambranle de la porte. Il n’avait pas osé la déranger. Elle avait l’air si mélancolique, avec son menton posé dans sa main, le regard perdu quelque part dans l’azur du ciel, sa chevelure luxuriante ramenée sur son épaule. Ce n’était pas la première fois qu’il prenait la peine de vraiment la regarder, car il la trouvait d’une beauté peu conventionnelle.
La jeune femme fit pivoter son fauteuil face à lui et se frotta les yeux, les mains à plat sur ses joues.
– Je n’arrive pas à me concentrer aujourd’hui, expliqua-t-elle.
– Un thé, ça t’aiderait ?
Les yeux de Sophie s’illuminèrent.
– Oh oui ! Un vert, s’il te plaît !
– Un sencha, je sais, dit Thomas avec un sourire.
Il revint quelques minutes plus tard avec deux tasses à la main et déposa le mug de Sophie, décoré d’opulentes pivoines rouges, devant elle. Puis il rapprocha sa chaise de celle de la jeune femme et se pencha vers elle pour lui dire :
– Je sais qu’on ne se parle pas beaucoup en-dehors du boulot, mais si tu as besoin de parler de quelque chose que tu aurais sur le cœur, je suis là.
Sophie fut réellement touchée des attentions de Thomas. Cependant ce n’était pas à lui qu’elle raconterait à quel point elle se sentait seule parfois, loin de sa famille et malgré sa relation avec François, très harmonieuse vue de l’extérieur. Ce serait admettre l’échec de son couple, et pour l’heure, elle n’était pas encore prête à franchir ce pas. L’hiver avait été difficile, et la pensée de la séparation l’avait effleurée, mais c’était plus pour se sentir libre et maîtresse de ses choix que par manque d’amour. Or, Thomas n’était pour l’instant qu’un sympathique collègue avec qui elle n’avait pas envie d’aborder des questions aussi intimes.
– Tout va bien, merci. C’est sans doute que j’ai plus envie d’être dehors à profiter de cette belle journée qu’à être enfermée au bureau…
– Tu en es sûre ? Tu as l’air différente, ces dernières semaines. Comme si quelque chose s’était éteint en toi…
Sophie rougit et cacha son embarras en plongeant son nez dans sa tasse. Apparemment Thomas la connaissait mieux qu’elle ne l’avait soupçonné.
– Ce n’est rien de grave, je t’assure. Je suis juste fatiguée.
Thomas n’insista pas et tourna son fauteuil face à la fenêtre afin de jouir lui-aussi du spectacle du printemps tentant de conquérir la grisaille de la ville. Ils se laissèrent pénétrer de la douceur de l’air, de la chaleur de la tasse dans leurs mains, de l’âpreté vivifiante du thé vert japonais. Thomas savoura ce moment de communion, et c’est avec regret qu’il y mit fin. Ils avaient un procès-verbal à boucler et à traduire dans trois langues, et il n’avait aucune envie de devoir le terminer à la maison.
– Tu as fini ? demanda-t-il à Sophie.
– Oui, merci. Cette petite pause m’a requinquée !
Elle ferma la fenêtre et se tourna résolument face à son ordinateur. De temps en temps, elle jetait un regard vers Thomas, assis face à elle, et se surprit à lui sourire. Sa prévenance envers elle avait adouci sa journée, et elle se promit de lui rendre la pareille à la moindre occasion. Elle commença à l’envisager non plus comme un collègue mais comme un copain, et cela lui donna un curieux sentiment de liberté rebelle. Si leur relation évoluait en amitié, Thomas serait son premier ami bien à elle à Bruxelles. Le peu de personnes qui faisaient partie de son cercle amical étaient en effet des couples d’amis qui lui étaient communs à François. Je devrais sortir plus, se dit-elle, élargir mon horizon… Elle écarta ces pensées. Elle y réfléchirait plus tard. Pour l’heure elle avait du travail.
Le ciel s’assombrit progressivement. Sophie se leva, s’étira puis se pencha pour toucher ses pieds. Elle faisait toujours cela quand elle était restée assise trop longtemps.
– J’ai fini la traduction allemande, annonça-t-elle avec satisfaction.
Elle se pencha par-dessus l’épaule de Thomas et vit que lui-aussi avait presque terminé. Elle décida de l’attendre et remit de l’ordre dans ses tiroirs pour passer le temps. Quand elle le vit refermer son ordinateur portable, elle se leva et enfila son manteau de laine, d’un beau jaune moutarde qui mettait son teint en valeur et faisait ressortir le vert de ses yeux.
– Et si on allait boire un verre ? proposa-t-elle.
Elle se rendait compte qu’elle n’avait pas envie de rentrer chez elle.
– Pourquoi pas ? répondit Thomas avec un sourire.
Pendant qu’il éteignait les lumières, Sophie envoya un SMS à François pour le prévenir : Vais boire un pot avec mes collègues et rentrerai peut-être tard. Bisous.
Elle hésita à mettre le « collègue » au pluriel mais le laissa, ayant peur de s’attirer des questions qui n’avaient pas lieu d’être.
– On va où ? demanda Thomas.
– Ça te dirait de jouer les touristes ?
– A quoi tu penses ?
– A une kriek sur la Grand’Place.
– Je suis partant !
Sophie le précéda dans le couloir tapissé de moquette grise triste à mourir, Thomas verrouilla la porte, et ils sortirent du bâtiment à quatre étages qu’ils partageaient avec d’autres organisations et bureaux de lobby.
A lundi, se dit-elle. Mais au lieu de la réjouir, la perspective du week-end la remplit d’appréhension.

NaNoWriMo 2017

Comme chaque année en novembre, c’est le NaNoWriMo (autrement dit le National Novel Writing Month, NaNo ou NaNoWriMo pour les intimes), un challenge d’écriture.

Le principe : écrire un roman de 50 000 mots en 30 jours, soit en moyenne 1667 mots par jour. Cela fait longtemps que je voulais y partciper, et cette année, j’ai enfin franchi le pas ! je ne sais pas si je vais réussir à relever ce challenge de taille, mais je vais faire de mon mieux pour écrire le plus de mots possible par jour, tous les jours.

Je prends le NaNo comme un défi créatif. Je compte en effet le consacrer à un roman que je n’ai absolument pas préparé, dans un genre qui m’est inconnu en tant qu’écrivain : la fiction réaliste contemporaine.

Je vous tiendrai informés de mes progrès sur facebook, et vous pourrez lire les textes sur le blog.

Y en-t-il d’autres parmi vous qui participent aussi ?

Fredan

Après un bon moment à cette allure effrénée, elle dut s’arrêter pour faire une pause. Elle s’assit au bord de la route pour boire un peu et manger un morceau. Elle ne fit pas attention au cavalier qui arrivait. Ce n’était pas le premier qui croisait sa route ce jour-là. Ce n’est que quand elle vit les jambes du cheval s’arrêter à sa hauteur qu’elle leva les yeux. Un sourire s’épanouit sur son visage quand elle reconnut le cavalier.

– Fredan ! l’apostropha-t-elle joyeusement.

– Lyn ! Je savais que c’était toi !

Il démonta pour serrer sa petite sœur dans ses bras.

– Je n’ai pas besoin de te demander comment tu vas, je vois bien que la vie au temple te réussit, remarqua Lyn en riant.

– En revanche, toi tu n’as pas bonne mine, rétorqua Fredan. Mais viens, ne restons pas là, nous aurons tout le temps de discuter au temple…

Il remonta en selle et lui tendit les rênes d’une petite jument blanche.

– Je me suis dit que tu ne serais pas fâchée de ne plus avoir à marcher, dit-il avec un sourire.

– Et tu as eu raison, répondit Lyn en enfourchant la jument. Mais comment as-tu su que j’étais en chemin pour Fuòlivel ?

– Une nymphe me l’a dit.

– Isadora ?

– C’est cela. Elle est arrivée au temple à l’aube. Elle a sollicité la protection des serviteurs d’Aëlia pour toi ainsi que toute l’aide que nous pouvons t’apporter, car tu serais investie d’une mission sacrée. Alors quand elle a dit que tu arrivais, je me suis dit que je viendrais te chercher pour te faire gagner du temps et t’éviter de coucher dehors cette nuit…

– C’est très gentil à toi, dit Lyn en talonnant sa monture. Isadora t’a-t-elle parlé de cette mission ?

– Non, elle est repartie aussi vite qu’elle était venue. Mais ça doit être important, pour que même toi tu te décides à quitter Teo pour parcourir le vaste monde…

– Oui, ça l’est, répondit Lyn.

Le nœud se reforma aussitôt dans sa gorge, et elle ne put rien dire de plus. Fredan se mordit la lèvre, peu fier de sa maladresse. Il ne sut quoi dire pour se rattraper, alors il préféra se taire.

Ils grignotaient en selle pour gagner du temps et ne firent qu’une courte halte à la tombée de la nuit pour laisser souffler leurs montures. Puis il reprirent leur route, peu désireux de passer la nuit dehors alors qu’ils étaient si proches du temple.

Les humains comme les chevaux étaient exténués lorsqu’ils arrivèrent au temple. Lyn eut tout juste la force de se laisser glisser de sa selle et de suivre son frère jusqu’à un dortoir avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.

Pour rester au temple, c’est ici (prochainement). Pour en apprendre plus sur Fredan, c’est ici (prochainement)

 

Le village de Lyn

Le village de Lyn se nomme Gué-aux-Bœufs. Il s’organise plus ou moins en demi-cercle autour d’une fontaine, logé entre un méandre du Dana et la route menant à Fùolivel. La fontaine est ombragée par des cerisiers et c’est le lieu de rencontre des villageois. Autour d’elle s’éparpillent une quinzaine de maisons entourées de jardins potagers.

Quelques chemins tracés par l’usage sillonnent le village. Entre les maisons et le fleuve s’étend un verger commun à tous les habitants du village. Chaque foyer y a planté un arbre, et c’est sous leur feuillage qu’ont lieu les rassemblements et les fêtes, par beau temps.

Au nord et au sud du village ainsi que de l’autre côté de la route se trouvent les champs exploités par les paysans de Gué-aux-Bœufs. Le fameux gué quant à lui s’étend derrière le verger et peut être traversé à cheval une grande partie de l’année. Les villageois ont aussi mis en place un bac.

Il y a donc pas mal de passage et le village est assez animé au vu de sa taille modeste et possède même une auberge, la dernière avant Fùolivel. On y trouve aussi une école, une épicerie et quelques artisans ainsi qu’une Salle des Fêtes avec un autel dédié à Màv pour les cérémonies.

Lyn y a toujours été heureuse et ce fut un déchirement pour elle de le quitter.

Auteur invité : Eudes Nouvelot

Devant le succès du cycle « La maison sur la plage » sur mon blog, j’ai demandé à Eudes d’écrire un article sur la genèse de son roman. Il nous parle également des rapports entre fiction et réalité dans l’histoire d’Antoine et d’Anna. Je lui laisse donc le soin de conclure ainsi le cycle d’articles qui lui sont consacrés :

J’ai écrit « La Maison sur la plage » en deux temps. En 2014, une première version se présentait comme une histoire de 100 pages environ, un flirt nocturne en bord de mer. Sur le conseil de deux relecteurs, je l’ai reprise ensuite pour aboutir à la version plus longue, plus sombre et plus complexe que voici. J’en ai profité pour ajouter un prologue et un épilogue (dont une lettre) qui donnent à l’ensemble l’allure d’un hommage. Ce faisant, je me suis inspiré d’un roman de Richard Matheson que j’aime beaucoup (Le Jeune homme, la mort et le temps. Editions Denoël. Collection Présence du futur)

Sa nature est mixte (à la fois récit de voyage, confessions et roman). L’histoire est inspirée par plusieurs voyages (Dans le Sinaï et en Israël) et deux rencontres que j’ai faites à cette occasion. La première personne était une jeune Italienne venue en Israël pour un stage de yoga. C’est avec elle que j’ai fait cette promenade nocturne en bord de mer. Et c’est elle qui m’avait inspiré la première mouture du roman.

La seconde était une jeune Russe installée à Dahab. C’est avec elle que j’ai fait ces excursions dans le Sinaï dont il est question dans le post-scriptum. Et c’est elle qui m’a raconté la mort de son père (dans des conditions proches de celles du roman). Cette jeune Russe est bien vivante et en pleine forme, Dieu merci ! Elle est retournée en Sibérie et nous sommes restés en contact.

Le personnage d‘Anna est un mélange de ces deux femmes. Les péripéties de la soirée sont inspirées des moments que j’ai passés dans les deux pays avec l’une et l’autre. Le personnage de Rémi est inspiré à la fois de mon frère et d’un ami. Pour ce qui est d’Antoine, c’est globalement moi (avec des traits de caractère quelque peu exagérés).

Le roman couvre donc trois époques et trois lieux différents : France 2015 (pour le prologue et le post-scriptum). Israël 2008 (pour le corps du roman). Russie 1998 à 2000 (pour le récit d’Anna).

Pour ce qui est du style, il répond à mes propres goûts. J’aime écouter les gens que je croise en voyage. J’aime les revoir. J’aime les mots (leur sonorité, leurs sens cachés) mais aussi les silences dans la conversation. J’aime les grands auteurs russes et français pour la pureté de leur style, leur aptitude à décrire l’âme humaine. C’est tout cela que j’ai essayé de transcrire dans cette histoire.

Puisque c’est la rencontre d’Anna qui m’a donné l’idée de cette deuxième mouture, son récit final devait être le point d’orgue de l’histoire. La découverte de la maison est l’aboutissement de leur promenade mais le récit d’Anna est l’aboutissement de leur relation. Un tel secret partagé scelle leur amitié bien plus encore que leur étreinte qui va suivre.

Ce récit diffère du reste du roman à plus d’un titre : Anna est le narrateur et non Antoine ; il est sombre alors que le reste est plus léger ; il est écrit en prose alors que le reste comprend beaucoup de dialogues. Tout le reste tourne autour de cet axe et vise à développer chez le lecteur la même impatience qu’éprouve Antoine, la même envie de découvrir cette femme, de percer son mystère, de la retrouver après qu’ils se sont quittés. On doit se sentir attiré par Anna, ressentir de l’effroi en apprenant ce qui est lui arrivé, de la peine en la voyant pleurer ou en apprenant qu’elle a disparu. C’est pourquoi ses révélations se font à la fin du roman.

La fin est tragique : on sait qu’Antoine est mort et on soupçonne qu’Anna l’est aussi. Mais dans mon esprit, l’histoire n’est pas terminée. Rémi explique dans le prologue qu’il est à la recherche d’Anna et il le répète dans le post-scriptum. Je voulais laisser à penser qu’il était en quelque sorte tombé amoureux d’elle à son tour, à travers les yeux et le journal de son frère.

Je voudrais écrire une suite qui raconterait dans quelles circonstances Rémi finit par retrouver Anna (en Sibérie où elle est retournée), ce qu’elle est devenue, comment elle accueille le livre que Rémi lui remet, et comment évolue leur relation à tous deux.

Je prévois donc un nouveau voyage en Russie (Moscou, Transsibérien et Sibérie). Un voyage où je jouerai le rôle de Rémi, pour retrouver mon inspiratrice et lui remettre le roman. C’est ce voyage qui donnera la trame du livre à venir. A paraitre – si tout va bien – en 2019 ou 2020 😉

Pour lire les autres articles consacrés à Eudes et à son roman, c’est par ici :

critique

interview

 

Etre écrivain : Eudes Nouvelot

Bonjour tout le monde !

Nous restons dans le cycle La maison sur la plage avec cet article. Eudes a eu la gentillesse de répondre à quelques questions pour vous, les voici donc.

Le cycle d’Eriu : Avant toute chose, pouvez-vous vous présenter, vous et votre œuvre, en quelques phrases ?
Eudes : Je suis naturellement porté à la solitude mais aussi (paradoxalement) quelqu’un d’extraverti. (Un bon cocktail me semble-t-il, pour qui veut devenir écrivain). J’ai suivi des études d’histoire avant de me reconvertir en documentaliste (comme ma mère avant moi). Autant dire que j’ai passé ma vie au milieu des livres !
J’ai toujours aimé écrire (y compris des textes scientifiques). Je me suis toujours senti à l’aise dans cet exercice. Dans le cadre privé, cela a longtemps consisté en lettres, puis en emails (une fois l’Internet inventé). Il s’agissait de récits de voyage (de 20-30 pages), tournés de manière burlesque.
Mon œuvre publiée se résume à « La Maison sur la plage ». J’y ai placé les éléments qu’il me plaît de trouver dans un roman (tendresse, introspection, humour et un peu de suspense). Le roman sera bientôt disponible en anglais car je voulais que mes amis non-francophones puissent le lire.
Je travaille maintenant à un recueil de nouvelles, courtes, tirées d’impressions fugitives, de rencontres ou même totalement imaginaires.

Pour vous, être écrivain, c’est quoi ?
Etre écrivain, j’ai l’impression que c’est un aboutissement logique pour qui a les traits de caractère requis : curiosité, capacité d’observation, d’imagination… Tout cela fait que l’on est porté à aimer les livres donc (dans une certaine mesure) à aimer écrire.
Le paradoxe de cette double tendance à s’ouvrir au monde et à se replier sur soi, alternativement, fait toute l’originalité du travail d’écrivain.
L’écriture, c’est comme le tennis (si l’on en croit la pub de la FFT) : un sport réservé à tous. Mais il y a une part d’orgueil dans cette conviction que ce que l’on écrit mérite d’être lu, que l’on a un message à faire passer au monde. Tout le monde n’a pas cette conviction, cette confiance en soi. Personnellement, j’ai l’un et l’autre mais je sais où est ma place. Je ne me prendrai jamais pour un autre. N’est pas Proust qui veut ! 😉

Vous sentez-vous écrivain ? Depuis quand ?
Pour les raisons que je viens d’évoquer, oui je me sens écrivain depuis toujours même si cela s’est concrétisé sur le tard. Il y a un signe qui ne trompe pas : quand mon imagination se met en branle, quand j’assemble les éléments d’une histoire possible, quand j’écris, je me sens dans mon élément, moi-même, pleinement heureux. Et si fier, quand je sens que j’ai écrit quelque chose de bien !

Quelle serait votre routine d’écriture idéale ?
Se mettre dans les conditions propices (sans parler de l’écriture elle-même), cela demande du temps. Je ne consacre jamais moins d’une demi-journée à l’écriture, sinon le travail est bâclé. Dans l’idéal, chaque personne qui aime écrire rêve d’être un écrivain professionnel, ne plus se disperser, ne faire que cela ! Je voudrais avoir le temps et la possibilité d’écrire quand l’inspiration me vient (car il faut qu’elle soit là pour écrire quelque chose de valable).
Quand j’écris, j’aime être dans la nature ou entouré par elle. Le vert m’inspire ! 😉 Une musique discrète peut m’accompagner au départ mais quand je me retrouve plongé dans l’écriture, alors une solitude et un silence total sont nécessaires (j’utiliserai des boules-quies si nécessaire).

Et en vrai, ça ressemble à quoi ?
Dans les faits, c’est bien ainsi que cela se passe mais c’est une gageure pour se trouver dans les conditions propices. On a du temps libre le week-end et en vacances mais l’inspiration peut venir le mardi matin ou en octobre. Que faire alors ?
Avoir un métier et aimer écrire ne sont pas totalement incompatibles (preuve en est que j’ai réussi à écrire ce livre) mais c’est tout de même une source de frustrations. On est constamment interrompu, parfois pendant des semaines entières. Ce n’est pas facile de se « remettre dedans » le moment venu. Ce qui devrait prendre des semaines prend des mois. Ce qui devrait prendre des mois prend des années… C‘est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’écris des nouvelles ces derniers temps. La construction est plus facile et l’écriture plus rapide.
Je vis chaque fois le « retour à l’écriture » comme une libération, un exutoire, une régénération.

Avez-vous des objets fétiches liés à l’écriture, ou des règles ? (Par exemple, j’ai pour règle de ne pas commencer un roman tant que je n’ai pas terminé d’écrire celui en cours)
Le vert comme source d’inspiration, je le trouve chez moi, assis à la table du salon, devant mon ordinateur portable et faisant face au jardin. Chopin et Debussy m’accompagnent souvent. Je peux observer le chat ou les oiseaux en train de batifoler de l’autre côté de la baie vitrée, voire à côté de moi quand je suis installé dehors.
Je n’écris jamais deux histoires en même temps. Par contre, je n’hésite pas à m’interrompre pour coucher sur le papier les éléments d’une future histoire possible, et écrire une accroche. Pour la garder en mémoire, pour voir si elle m’inspire vraiment, si elle a du potentiel…

Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Un mot seulement : Il faut croire en soi. Ne faut pas hésiter à écrire si on a goût à cela. Pour son propre plaisir d’abord ! Nous avons chacun des vies différentes, avec des sentiments, des souvenirs, des goûts différents. L’écriture est le meilleur moyen de garder une trace de tout cela. Pour nous-mêmes, et éventuellement pour les autres.

Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview !
Je t’en prie.
C’est un bonheur de t’avoir rencontrée, Maud. Tu fais un travail remarquable avec ce blog. Comment tu parviens à concilier travail, vie de famille, écriture et donc gestion de ce blog reste un mystère pour moi ! 😉 Dans une prochaine vie, si je me réincarne en femme, peut-être le découvrirai-je…

Encore merci Eudes pour cette interview et ce gentil mot de la fin ! Je dois dire que je me reconnais beaucoup dans ton approche de l’écriture…

Pour les petits curieux, l’image est une photo du quartier d’Arlozorov de nuit, à Tel-Aviv, là où se déroule la première scène du roman…

Retrouvez d’autres articles d’auteurs invités et d’interviews ici.

Triomphe

L’excitation chassa toute lassitude du corps d’Aergad. Il se leva et fit quelques pas dans son bureau, ayant subitement besoin de mouvement. Il en profita pour ranimer le feu mourant, puis il revint s’asseoir devant le Livre de Tàin, qu’il venait d’achever de déchiffrer. Il le parcourut une fois encore des yeux, fier d’avoir accompli ce pour quoi il était devenu moine. Une page se tournait, il pouvait enfin poursuivre sa quête.

Il roula le vieux parchemin avec précaution et le déposa sur son bureau auprès d’un rouleau de parchemin neuf déjà couvert des mêmes symboles que ceux utilisés dans le Livre de Tàin. Shaïmon, son élève, était chargé de copier le Livre. Aergad avait pensé qu’il serait plus sûr d’en avoir plusieurs exemplaires au cas où le Livre original venait à se perdre ou à être détruit. Heureusement, Shaïmon ne comprenait pas ce qu’il copiait, sinon Aergad ne lui aurait jamais confié cette tâche.

Il avait réussi à cacher aux autres moines le véritable but de sa présence. Cela n’avait pas toujours été facile. Il avait par exemple bien cru être découvert lorsque iomena Shania, l’archiviste, l’avait surpris à travailler sur le Livre de Tàin. Lisant par-dessus son épaule, elle avait posé un doigt taché d’encre sur un symbole et l’avait déchiffré. Le coeur d’Aergad avait fait un bond dans sa poitrine, car il n’avait pas entendu sa consœur arriver. Tâchant de réprimer l’angoisse qu’il sentait monter en lui à l’idée que Shania ait pu l’avoir percé à jour, il lui avait demandé si elle connaissait ces symboles.

-Oh, pas tous, avait-elle répondu. Sur quoi travailles-tu ? Une chanson ?

-Une chanson ?

-Oui, c’est bien la transcription de notes, non ?

-Peut-être, avait répondu prudemment Aergad. Je viens de commencer à travailler dessus.

Pris d’une soudaine inspiration, il avait ajouté :

-Tu n’aurais pas d’autres vieilles chansons comme celle-là, avec leur transcription moderne ?

-Quelques unes.

-Tu pourrais me les faire apporter ? Cela m’aiderait dans mon travail, je crois.

-Si tu veux. Je m’en occupe tout de suite. J’ai le temps.

Merci.

Pour rester avec Aergad, c’est ici (prochainement). Pour en apprendre plus sur Shania, c’est ici (prochainement)

La maison sur la plage

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une œuvre de fantasy que je vous présente mais le premier roman publié d’un collègue et ami : « La maison sur la plage », d’Eudes Nouvelot.

Eudes est un grand voyageur, cela ne vous étonnera donc pas d’apprendre que nous nous sommes rencontrés lors d’un voyage… Cela s’est passé sur un quai de gare non loin de Bâle. Il m’a abordée pour me demander quelque chose concernant le train, et comme nous étions pratiquement les deux seuls voyageurs du wagon, nous nous sommes mis à discuter, nous découvrant une myriade de points communs, entre autres ceux d’être des écrivains bourguignons expatriés en Belgique. Nous sommes restés en contact et nous encourageons mutuellement dans nos ambitions littéraires. Je suis donc très fière de vous présenter en quelques mots son œuvre.

Le livre :

La maison sur la plage, de Eudes Nouvelot. Editions L’Harmattan

L’intrigue :

Un voyage en Israël. Une nuit. Une rencontre. La parenthèse enchantée d’un lieu magique. Que feront Antoine et Anna du peu de temps qui leur est imparti ?

Le personnage :

Anna, voyageuse solitaire, fascinante de contrastes, entre gaieté et tristesse. Au début de l’histoire elle semble s’ennuyer à l’hôtel et se laisse convaincre par Antoine d’aller manger un morceau. L’occasion pour eux de faire plus ample connaissance, et pour le lecteur d’assister à leurs échanges plein d’humour et de sous-entendus, valse hésitante de ceux qui cherchent à se rapprocher mais ont peur de s’effrayer. Apprivoiser Anna est assez difficile car elle est méfiante, marquée par un mystérieux passé qu’elle continue à fuir.

Le lieu :

La maison sur la plage, évidemment ! Ce lieu emblématique qui donne son titre au roman sera un refuge dans la tempête pour Anna et Antoine, une maison secrète qu’ils s’approprient à la manière de Joël et Clémentine dans « Eternal Spotshine of the Spotless Mind ». Vous ne verrez plus jamais les postes de sauvetage sur les plages de la même manière !

L’ambiance :

Un peu surréaliste, romantique, intemporelle. Mélancolique aussi, parfois.

Ce que j’ai aimé :

Les descriptions. Comme c’est un peu ma faiblesse en écriture, je ne peux qu’admirer les maîtres en la matière 🙂

Les personnages sont bien construits et attachants.

L’impression de vivre l’histoire en temps réel, l’action se déroulant en une soirée seulement.

Ce que j’ai moins aimé :

Mon exemplaire n’était pas très soigné : coquilles et pages tachées et collées. Mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier ma lecture !

Pour qui ?

Pour ceux qui veulent s’évader, les amateurs de voyages et ceux qui aiment les histoires d’amour douces-amères.

Pour en savoir plus sur Eudes et son actualité, rendez-vous sur sa page d’auteur ou contactez-le sur facebook.

Si vous voulez lire d’autres fiches de lectures, c’est par ici.